lundi 26 septembre 2016

Classe exceptionnelle, quelques infos importantes...

Contrairement aux autres syndicats, le SE-Unsa a l'amabilité de nous tenir au courant des discussions qui ont actuellement lieu dans le cadre du protocole PPCR et qui concernent la "classe exceptionnelle", dont je vous rappelle qu'elle devrait voir son accès réservé (je cite) à "80 % des promus au titre de l’exercice, pendant 8 ans, de fonctions identifiées ou dans des conditions particulières (éducation prioritaire par exemple)". Dont les directrices et directeurs d'école. Ouf.

D'après le SE-Unsa (que je remercie) :

"... on commence à y voir un peu plus clair dans l’organisation de ce quatrième rendez-vous de carrière. Il aura une forme différente des trois premiers, articulés autour de l’inspection et de l’entretien avec le ou les supérieurs hiérarchiques.

Des éléments stabilisés
  • Le rendez-vous ne prendra pas la forme d’un entretien, mais il sera procédé à un examen de la carrière complète
  • Chacun convient de la nécessité de fixer un barème national, différent selon que le personnel emprunte la voie 80 % (accès par la fonction) ou la voie 20 % (accès par le parcours)
  • Il y aura une période transitoire car aujourd’hui, le MEN est dans une impossibilité matérielle d’automatiser la construction de la liste des promouvables (liée à la fonction). Chacun devrait donc déposer une demande indiquant qu’il pense remplir les conditions. À charge ensuite pour l’administration de vérifier et de valider ou non l’inscription.
  • Les Commissions paritaires qui traiteront de l’accès à la classe exceptionnelle pour la rentrée 2017 se tiendront après la rentrée, avec effet rétroactif au 1er septembre.
Des éléments encore à fixer
  • Les éléments du barème (avis? Ancienneté? Fonction?…)
  • L’équilibre entre ces éléments
Comme on peut le constater, le sujet est loin d’être clos... "

Des informations importantes, donc. J'avoue ne pas comprendre pourquoi le Ministère serait incapable de dresser une liste des promouvables, mais admettons. Je crains néanmoins que certains collègues directement concernés ne passent au travers d'une possible promotion. Il sera donc indispensable de faire circuler l'information dès que toutes les décisions auront été prises.

mercredi 21 septembre 2016

Comment ne pas être en colère?

Voici un billet fort vulgaire, mais exaspéré.

Je suis directeur d'école en maternelle. Mon école a trois classes. Cela signifie que j'ai dix jours de décharge de service par an. Cela signifie aussi que j'ai ma classe à plein temps. Vingt-six élèves. Et j'ai cette année une classe de merde.

Cette expression vous choque? Désolé. Mais avec deux niveaux, un certain de garçons violents (et quand j'écris "violents" je reste aimable), une majorité d'élèves mal élevés, couvés donc qui ne rangent rien (c'est maman qui fait), égocentriques au possible voire même d'un égoïsme surprenant à cet âge, trois élèves obéissants sur vingt-six, j'en passe et des meilleures... C'est normal à cet âge? Non. Je sais maintenant pleinement pourquoi les deux collègues qui les ont subis en Petite et Moyenne sections en ont autant bavé les deux dernières années. C'est ma pire classe depuis quinze ans. Je vais en chier un max' cette année.

Mon boulot n'est pas simple. Je dois gérer mon école, et gérer ma classe. Pas l'un après l'autre, non, ce serait trop simple, mais en parallèle. Quand un papa furax débarque, qui se sépare violemment de sa compagne, je suis obligé de gérer en même temps que je tente d'accueillir mes élèves qui pleurnichent (jamais vu ça en Grande section) avec bienveillance. Joli mot, la bienveillance. Je suis pleinement dedans depuis toujours, par principe mais aussi par expérience. Mais je dois avouer que je ressens une certaine exaspération.

Alors quand je reçois ENCORE un courriel de merde, me réclamant une mesure de MERDE, en exigeant une date de MERDE, pour la troisième fois parce qu'ils n'avaient écrit que des conneries les deux premières, oui alors MERDE ! Ils sont bien à l'abri dans leurs bureaux, qu'ils y restent, parce que face à face ils en entendraient pis que pendre de leurs injonctions à la con. Ces gens-là croient-ils vraiment que je n'aie que ça à faire? Ils se foutent de ma gueule ouvertement, oui. Parce que ce n'a pas été faute de leur rappeler, ces dernières années. La "simplification administrative"? Va te faire l'en l'aire! Rien à taper. Marre des ces étages de bureliers (merci Zézette épouse X) qui n'ont aucune conscience sinon celle de leur propre importance et n'ont jamais eu ni de classe ni d'école à gérer. Je n'en peux plus. J'en ai marre.

Si je tiens encore c'est uniquement par habitude et expérience, mais je me ferais une petite merde (colonne vertébrale, cancer...) que ça ne m'étonnerait pas tant je suis à bout de tout. J'ai failli me casser la gueule dans les escaliers de l'école l'autre jour, entre ma classe bouillonnante et mon bureau exigeant, je n'allais pas assez vite pour voler certainement. Que ne suis-je tombé, je serais peinard à l'hôpital.

dimanche 11 septembre 2016

Désabusé...

Il est de notoriété publique que les enseignants français ne recommandent leur métier à personne, et surtout pas à leurs propres enfants. Directeur d'école, c'est encore pire, mais personnellement je n'ai même pas besoin de le dire, rien qu'à me voir chacun se détourne et je me demande bien qui voudra bien me succéder dans ma charmante petite école quand je prendrai ma retraite. Quant à mes enfants, cela fait belle lurette qu'ils font totalement autre chose.

Je rappelle à toutes fin utile que comme directeur de trois classes de maternelle je suis depuis deux ans "déchargé" de ma classe dix jours par an. Joie, félicité, Noël ! Cela signifie surtout que je l'ai en charge 170 jours. Et que je fais mon boulot de directeur en parallèle, ou avant ou après, mais beaucoup en parallèle parce qu'on ne me laisse pas le choix.

Ce fut comme directeur d'école, ces dernières semaines, ma quatorzième rentrée si je calcule bien. Fut-elle plus simple que les précédentes? Non. Loin de là. On m'a tellement parlé de simplification administrative, de confiance envers les directeurs d'école, que naïvement j'ai imaginé que peut-être, quand même, la rentrée serait aussi "apaisée" que notre Ministre a bien voulu l'exprimer aux médias. Je dois certainement avoir un fond de bêtise bienveillante pour y avoir cru ne serait-ce qu'une seconde.

C'est de pire en pire. On me réclame maintenant de prévoir des exercices divers, évacuation et confinement et incendie et je ne sais pas ce qu'il vont nous inventer, on m'en impose même la date pour soulager les services du 17 d'afflux inopinés d'appels "exercice exercice exercice", sans évidemment se préoccuper de la météo qu'il fera ce jour-là ni du fait que j'ai des élèves de deux à cinq ans qui n'ont aucunement ce type de préoccupation (déjà bien quand ils ne pissent pas dans leur froc). Bien entendu on me suggère - car pour le coup on n'ose pas me l'imposer - des scénarios catastrophes avec pétards ou parent cagoulé, histoire de durablement traumatiser une nouvelle génération de petits français.

J'ai reçu en trois semaines une quantité de paperasses ahurissante, par courrier électronique évidemment c'est plus simple et forcément comme toujours une pièce jointe manque puis on me renvoie une troisième fois la chose parce que le document était incomplet. Le "responsable sécurité" de mon académie bande comme un cerf en me faisant parvenir des listes imposantes ou des instructions qui ne me concernent pas, et surtout se permet "au nom du DASEN "des injonctions comminatoires comme je n'en avais pas vu depuis des années. Je dirais volontiers qu'il y a dans les multiples nouvelles et récentes strates de l’Éducation nationale (et je crois qu'il y a rarement eu autant de gens dans les bureaux) quelques personnes qui se la pètent, et surtout plus haut que leur cul.

Je passe sur la communication de mon numéro de téléphone personnel, qui n'est bien entendu pas obligatoire mais quand même si je ne le fais pas je suis un salaud qui facilite le terrorisme (on me l'a dit). Je passe parce que de toute manière je ne regarde pas mon téléphone ni n'y réponds quand je suis avec mes élèves, j'ai trop de respect pour ces derniers, et je suis navré de ne pas avoir le cul dans un fauteuil pendant mes heures de classe avec mes pitchounes. Cela me reposerait pourtant, à mon âge, et avec ce satané genou qui se déboîte.

Bref, comme le dit la chanson, "non non rien n'a changé, tout tout a continué, yeah yeah !". J'ai cinq semaines pour finaliser le PPMS - diabolique -, finaliser un projet d'école dont le contenu m'est quasiment imposé et que je n'avais pas fait parce que ma petite équipe changeait - satanique -, organiser et gérer de lourdes élections de représentants de parents d'élèves dont je n'ai qu'une liste qui sera élue quoi qu'il se passe, même si personne ne vote - méphistophélique -, et tout plein d'autres choses (and all those kinds of things). Le tout en "lançant" ma classe qui ne connait pas mes habitudes, et ceux qui lisent ce billet sauront de quoi je parle.

Alors, désabusé... J'ai comme l'impression que je me suis fait avoir.


lundi 22 août 2016

Le monstrueux problème des smartphones...

Même à l'école maternelle les smartphones deviennent un problème. Bien entendu nos élèves n'en ont pas, sauf quand ils piquent celui de leur maman (cela m'est arrivé). Mais nos parents, eux, en ont, et j'en fais régulièrement la cruelle expérience.

Désormais il est de bon ton pour certains parents mal éduqués, et fort impolis, de venir chercher leur enfant ou de l'accompagner le matin téléphone à l'oreille. Comme s'il était devenu en 2016 impossible d'interrompre une conversation certainement primordiale (c'est ironique bien entendu) pour seulement sourire ou dire bonjour à la maîtresse. J'ai généralement dans ces cas là une furieuse envie de taekwondo pour balancer un pied rageur dans leur engin, ce que mes genoux hélas m'interdisent. La bienséance m'amène juste à souvent littéralement hurler un "bonjour" retentissant qui les fait sursauter et quitter momentanément leur torpeur  nauséabonde. Clairement cet engin diabolique qu'est le téléphone mobile asservit l'homme à un point que j'aurais difficilement pu imaginer, moi qui m'en passe fort bien.

Je m'en passe, mais il semblerait que l’État considère aujourd'hui que cet outil soit indispensable à un directeur d'école, puisqu'il a récupéré mon numéro pour m'envoyer éventuellement un SMS en cas d'alerte terroriste ou autre. Que mon téléphone soit enfoui au fond de mon sac et y passe des heures paisibles ne semble pas gêner ma hiérarchie, ni mes interlocuteurs d'ailleurs qui me laissent un message quand ils ont vraiment quelque chose à me dire. Je ne vous raconte pas l'efficacité improbable du système:

- On vous a prévenu avec un SMS!
- Ah ouais, mais je ne regarde pas mon téléphone quand je travaille avec mes élèves. De toute façon je suis mort. Adieu!

Soulignons au passage que l’État n'a pas jugé bon de me fournir un téléphone de fonction qu'on pourrait réserver à ce genre d'usage ou aux contacts officiels, et donc m'en réclamer qu'il m'accompagne en permanence. Comme je n'ai non plus aucun outil informatique de fonction, ni rien d'autre d'ailleurs. Démerde-toi petit dirlo, utilise ton matériel perso! Quand je vois de jeunes cadres du privé avec portable et smartphone et voiture de fonction, je me dis qu'il y a encore du boulot... Non, dans l'Educ' Nat' vous fonctionnez bien comme vous pouvez. Si vous ne pouvez pas, tant pire comme dirait Zézette épouse X.

Mais ce pire est justement je crois à venir. Vous connaissez Périscope? C'est une application qui permet de transmettre en direct ce que l'on filme, avec la 4G aujourd'hui n'importe qui peut s'improviser "reporter" avec son smartphone. Je ne  sais pas pourquoi, mais je soupçonne fortement ce prochain mois de septembre des retransmissions de rentrée: "Ma pitchounette rentre à l'école. #live #lol #mdr" Que faire contre ça? Filmer quelqu'un sans son autorisation est bien entendu formellement interdit par la Loi, qui plus est dans une école. Mais à notre époque personne n'a cure de ce genre de prohibition, même les soi-disant journalistes encombrent les médias de "caméras cachées" et autres dégueulasseries. Et puis il est si facile d'être discret.

Enfin il y a le syndrome des bestioles virtuelles, j'évoque évidemment le célèbre jeu "Pokémon Go". Je ne sais pas si des créatures colorées se promènent dans mon école mais je m'attends au moins à ce que certains parents partent en chasse et circulent sans prévenir un peu partout les yeux rivés sur leur écran, le cerveau absent mais le regard bleuté, modernes zombies égarés dans tous les sens du terme. Vais-je devoir chasser les chasseurs? Pourquoi le Ministère ne réclame-t-il pas que les bulbizzares et autres rattatas soient expulsés des écoles et établissements? Parce que franchement, me réclamer de façon péremptoire des mesures de sécurité exceptionnelles et draconiennes dans ces conditions, que l'on m'en excuse mais je pense que c'est incompatible. Je vois d'ici des hordes de parents et d'adolescents balancer des pokéballes tout le long des trottoirs qui longent l'école, sur le parking, voire dans ma cour de récréation ou le dortoir, ou dans les toilettes pendant que leur petit a le pantalon sur les pieds...

En vérité je vous le dis, mes sœurs, mes frères, directrices et directeurs d'école compagnons de douleur et d'abnégation, nous ne sommes pas sortis de l'auberge. Ce qu'il nous faut ce sont des mesures claires et universelles, connues des parents, comme l'interdiction formelle faite aux familles de l'usage des téléphones mobiles dans les écoles et établissements tant qu'ils y sont présents. Mais c'est aussi valable pour le reste, pour tout le reste de nos responsabilités, il n'est plus possible aujourd'hui de simplement dire aux directeurs d'école "débrouillez-vous" ou "faites pour le mieux", "c'est à vous de juger", "c'est au directeur qu'incombe ce genre de responsabilité", tout ça pour mieux nous tomber dessus à bras raccourcis au moindre pet de travers. Ou alors qu'on nous en donne le pouvoir, c'est à dire une autonomie réelle et non fortuite, qui ne puisse être battue en brèche par le premier venu qu'il soit parent ou syndicat ou IEN ou DASEN ou Recteur. Mais je rêve, là. Oui, je rêve.

dimanche 14 août 2016

L'art de resservir les plats...

Ainsi donc, en ce mois d'août pourtant destiné au repos et à la récupération d'une énergie qui à mon âge est difficile à renouveler, de prétendues "nouvelles" instructions ont été transmises aux Recteurs quant à la sécurité des écoles face au terrorisme. Je ne doute pas une seconde que ces grands commis de l’État ne tarderont pas à les faire descendre sur nos têtes en les aménageant à leur sauce voire en les durcissant plus qu'il serait raisonnable de le faire, et je m'attends à la rentrée, lors de la traditionnelle réunion des Directeurs d'école, à en entendre pis que pendre quant à "mon rôle", "mes responsabilités", et gna gna gna. Comme si je ne connaissais rien de mon métier!

Nous avons vécu une année scolaire 2015-2016 anxiogène. Des personnes bien intentionnées nous ont inondés d'instructions diverses et variées dont pour elles la forme importait plus que le fond. Cela m'inquiète énormément. Depuis quand le signifiant est-il plus important que le signifié? Nos politiques et leurs administratifs font depuis trente ans plus de cas des documents que nous pouvons leur transmettre que de la façon dont nous enseignons. Les discours réitérés sur l'école des candidats potentiels à la future présidentielle sont ainsi conçus, qui mettent en avant la forme nécessaire que notre métier doit présenter plutôt que l'importance de la réussite de chacun: obéissance - de l'élève mais aussi du fonctionnaire -, tenue, programmes, méthodes... La réussite de nos élèves, si elle est réclamée, ne passe pour ces gens-là que par ce qu'ils considèrent comme des impondérables nostalgiques d'époques révolues où pourtant chacun était laissé dans son jus, et où 80% d'une classe d'âge ne réussissait même pas le Certificat d'étude.

L'école est-elle menacée par le terrorisme? Oui. Clairement. L'école française laïque, qui réunit dans une dualité diabolique l’État français et la laïcité, est une cible de choix qui a été nommément désignée. Et nous nous rapprochons forcément, mathématiquement, du temps où une école sera la cible d'un acte pervers. Devons-nous nous protéger? Évidemment. Mais devons-nous le faire de cette façon-là?

Je devrais, comme Directeur d'école, limiter l'accès des familles et fouiller leurs sacs, interdire les rassemblements sur la voie publique, j'en passe et des meilleures. L’État me donne l'autorisation de fouiller les sacs, mais le Droit lui ne me le donne pas! Je ne suis pas officier de police judiciaire, et j'ai du mal à m'imaginer réclamer chaque matin la présence du Maire de ma commune qui l'est par son mandat, ou de l'un de ses adjoints. L’État me demande d'agir contre les rassemblements devant l'école, mais la voie publique ne relève pas de mes prérogatives qui se circonscrivent aux locaux scolaires! On ne peut pas, ce n'est pas légalement possible, me donner des droits qui ne sont pas prévus dans les textes. Quant à limiter l'accès des familles... ma petite école maternelle et mes élèves ne s'en relèveraient pas. C'est idiot, ces demandes sont idiotes, illégales et contre-productives. Pire, elles renient tout ce qui fait la spécificité de l'école maternelle en France, notre tradition d'accueil et d'ouverture. Quand on sait les difficultés des parents d'élèves pour accéder aux écoles élémentaires, aux collèges ou aux lycées... Les Fédérations ne disent rien, je ne comprends pas. Et puis, ces demandes ne font non plus aucun cas de la géographie de nos écoles, aérées, ouvertes, lumineuses. Fariboles.

Bien entendu, je comprends pleinement les difficultés de nos gouvernants, qui savent que l'école est une cible potentielle voire probable. Ils en savent même peut-être plus. Mais pour autant devons-nous renoncer à tout? Devons-nous laisser des terroristes religieux fascisants, sexistes, pédophiles et meurtriers nous dicter notre façon de vivre, nous enlever nos aspirations à un monde équitable qui reconnaisse la valeur et le potentiel de chacun? Certainement pas. Je me rappelle le désarroi de Mme Aubry contrainte d'annuler la braderie de Lille qui pourtant remonte au XIIième siècle, pour la première fois depuis les années sombres de l'Occupation. Si cela pouvait faire admettre à certains que notre pays est réellement en guerre... Mais pour autant je refuse de céder à la peur.

Je serai attentif, je serai responsable, lors de cette nouvelle année scolaire, comme je l'ai été l'année dernière. Je suivrai les consignes qui ne seront imposées, car c'est le verbe qui convient. Même si je sais qu'elles n'empêcheront jamais une personne déterminée de commettre chez moi un massacre dont je serais certainement une des premières victimes.

Mais clairement je refuse de vivre une nouvelle année dans l'anxiété et le stress. Je pense à 2016-2017 mais aussi à 2017-2018, puis 2018-2019, et... Nous irons où ainsi? Jusqu'à quand? Dans mon travail quotidien, dans mon devoir d'amener chacun des élèves de mon école du mieux que nous pouvons à son épanouissement personnel, le stress est le pire des conseillers, qui désarme et qui épuise. Alors je veux bien qu'on me resserve le plat de la sécurité "nécessaire", des mesures "indispensables", des exercices de sécurité "inévitables", mais qu'on me laisse le faire comme je l'entends, et surtout qu'on ne vienne pas me brailler aux oreilles quelque consigne ridicule ou traumatisante pour les pitchounes que j'ai en charge. Parce que je crois que je deviendrais mauvais.

vendredi 15 juillet 2016

Un camion blanc...

Cette nuit à Nice un homme au volant d'un camion blanc de 19 tonnes a écrasé, au sens propre du terme, quatre-vingt-quatre personnes - hommes, femmes et enfants - qui ne voulaient que se distraire en ce jour de fête nationale, profiter du beau temps et d'un splendide feu d'artifice. Il lui a suffit de rouler sur la célèbre promenade des anglais noire de monde pour la parsemer de corps mutilés sur deux kilomètres. Nous l'avons certainement tous vue, cette photo poignante d'une poupée à côté d'un drap blanc.

Peut-on encore qualifier un acte de cette nature? Certains pourraient évoquer la folie. Mais ce n'est pas le cas, un acte de folie est excusable d'une certaine manière, ou du moins relève de l'incompréhensible. Non, il ne s'agit pas de l'acte d'un déséquilibré mais d'un choix, d'une volonté raisonnée de faire le mal de façon délibérée. Cette idée qu'il faudrait avoir abdiqué toute conscience pour tuer est une absurdité dans les circonstances présentes. C'est une volonté, précise, planifiée, organisée, celle de massacrer des innocents quel que soit leur sexe, leur âge, leur nationalité, leur religion, leurs idées, leurs désirs, leur passé ou leur potentiel, leurs mérites et leur avenir, et ce au moment où ils sont les plus vulnérables, où ils profitent de ce bien unique et déjà si court, la vie.

Je lis depuis ce matin un certain nombre de déclarations lénifiantes, de slogans surannés. "Be nice" ... C'est joli, c'est une boutade mignonne. Soyez gentil! Que vient faire la gentillesse dans un acte aussi lâche, dans un tel massacre? Demandez donc aux familles des victimes d'être gentilles, demandez aux familles des victimes du Bataclan d'être gentilles au moment où va se trouver ravivée leur douleur. Et de quelle façon!

Vous êtes croyant? Priez. Priez pour les morts, mais aussi pour les vivants. Vous ne l'êtes pas? De toute façon vous ne pourrez pas ne pas penser à elles, à eux, à ces existences fauchées et à cette perte incommensurable. C'est la même chose, cela revient au même.

Je lis aussi des déclarations du style "apprenez-leur la paix" ou autre mignonneté. Philippe Meirieu se trompe lourdement dans les deux "tweets" que j'ai lus venant de lui, l'un invoquant la "raison" - mais le tueur n'était pas fou - et l'autre le fameux "vivre ensemble". Si le conducteur du poids lourd était bien ce qu'il semble avoir été, il a certainement passé un certain nombre d'années dans nos écoles de la République, où ce fameux "vivre ensemble" est un leitmotiv depuis des décennies. Manifestement cela n'a pas suffit. Serait-il alors une victime de la société? Bien entendu j'écris ces mots de manière ironique. Combien de millions d'adultes responsables ont connu une enfance difficile, des difficultés scolaires, un habitat insalubre, sans pour autant "sombrer" dans la délinquance ou la criminalité? Je vais l'écrire clairement: la "gentillesse" et la bien-pensance n'ont à faire dans cette affaire, l'acte abominable se suffit à lui-même, il est son propre alpha et son propre omega.

Alors non, cette fois, je ne mettrai aucune image de rassemblement, aucun avatar barré de noir, je ne relayerai aucune de ces magnifiques illustrations qui fleurissent désormais immédiatement dans ces circonstances, je ne serai ni Charlie ni Paris ni Bruxelles ni Nice.

Je suis simplement, humainement, profondément choqué, profondément triste, profondément compatissant. Je suis en colère aussi, parce que mon pays mérite mieux que cette hécatombe. Au moment où certains réclament encore qu'on lénifie les paroles de la Marseillaise, j'estime moi qu'il est l'heure de prendre les armes. Oui, je veux qu'un sang impur, celui des lâches meurtriers qui prétendent faire la justice d'un Dieu qui ne leur a jamais rien demandé, abreuve nos sillons. Parce que tant qu'à choisir, je préfère que ce soit le leur qui coule, plutôt que celui d'une petite fille de trois ans.

jeudi 14 juillet 2016

Devinez quelle indemnité n'augmente pas ?

La note de service n° 2016-105 rappelle l'augmentation de la valeur du point d'indice de la fonction publique au 1er juillet. Beaucoup d'indemnités de l’Éducation nationale sont indexées sur cette valeur, et vous en trouverez la liste en bas de page ainsi que leur montant. Il y en a une que vous ne trouverez pas... devinez ?

jeudi 7 juillet 2016

Ce singulier métier à forte responsabilité...

Je reviens, en ce début de vacances, sur une affaire qui a défrayé la chronique au mois de mai dernier. Une élève de l’école maternelle de Villers-les-Pots, en Côte d'or, avait passé la journée seule dans sa classe, oubliée au moment du départ d’un voyage scolaire. Il ne faudrait pas minimiser les faits: l'enfant de quatre ans passera près de huit heures seule, sans manger ni boire, et ne sera retrouvée qu'au retour du groupe à 17 heures.

L'enseignant responsable de la classe était un "remplaçant" et connaissait mal les élèves. Il est pour l'instant "suspendu", et ne connaîtra son sort qu'après la rentrée de septembre. Peut-on lui en vouloir? Strictement oui, savoir qui est présent et compter les élèves puis les recompter sans cesse est une des bases de ce métier. Concrètement on pourrait peut-être lui trouver des excuses de par sa place particulière dans l'école à ce moment-là. La Commission Paritaire devra prendre une décision.

Pour l'instant la première mesure de rétorsion vise la Directrice de l'école. La décision a été prise le 4 juillet en Commission de la démettre de ses fonctions. Elle redeviendra adjointe et sera rayée de la liste d'aptitude en dépit d'une carrière exemplaire. Il était également question de lui infliger un "blâme" administratif, mais il semble que l'idée ait été abandonnée, ou du moins n'ait pas été exprimée lors du vote. Il faut dire que la Direction Académique a été surprise des réactions que ses propositions de sanctions ont suscité, pas tant de la part des syndicats qui défendent très logiquement les personnels, mais plutôt des familles de l'école de Villers-les-Pots qui ont défendu "leur" Directrice becs et ongles! Très appréciée, les parents d'élèves ont obtenu qu'elle ne soit pas déplacée et puisse continuer à enseigner dans la commune, ce qui était en fait l'unique souhait de la collègue sanctionnée. Je m'en réjouis pour elle, et pour les familles de l'école qui ont su voir au-delà de l'incident pour apprécier ses qualités humaines et d'enseignante.

Mais cela amène de ma part deux réflexions. D'abord sur la compliquée mission de Direction d'école, dont aujourd'hui encore chacun ignore l'énorme responsabilité qui pèse sur nos épaules. Les textes sont extrêmement clairs: le Directeur est responsable de la sécurité des personnes et des biens. Ce qui veut tout dire. Le Directeur est in fine le seul et unique responsable de tous les manquements à la sécurité qui surviennent à l'école pendant le temps scolaire, voire même hors temps scolaire s'il était avéré que la cause d'un accident fut un manquement au devoir de prévoyance. Il faut le savoir et en prendre pleinement conscience lorsqu'on décide d'assumer une telle mission. Il ne s'agit pas de se contenter de procéder à des évacuations diverses selon un schéma pré-établi, cela implique aussi de penser à tout ce qui peut arriver dans une école à l'immobilier parfois mal tenu, au matériel souvent dangereux, à des produits d'entretien qui ne seraient pas sous clef, etc. Il faut veiller à tout, rester aux aguets, vérifier que les consignes sont respectées... La charge est lourde, mais primordiale. J'insiste: c'est notre première responsabilité. Heureusement pour celle-ci nous avons deux alliés de poids: le Maire et l'IEN, que nous ne devons jamais hésiter à mettre en mouvement si cela est nécessaire.

Dans l'affaire qui nous préoccupe et dans cette optique de responsabilité indissociable, il est donc logique que notre collègue soit sanctionnée. Elle n'a d'ailleurs aucunement protesté, ce qui est tout à son honneur, et de plus cette sanction lui permettra peut-être à terme d'oublier ce triste manquement qu'elle est je suis sûr la première à se reprocher. De ce point de vue je pense que le soutien des familles de l'école lui aura été cher. Une mère d'élève de l'école a déclaré récemment dans un quotidien local: "Personnellement et sans minimiser l'erreur qui a été faite, je trouve cette sanction plus qu'injuste car il y a certes une responsabilité à assumer en tant que directrice mais pas à ce point-là!" Eh bien si, justement, mais je ne peux pas reprocher à une famille d'ignorer les textes de base qui régissent notre mission. En revanche, que certaines centrales syndicales fassent mine de ne pas les connaître m'indispose. Qu'un responsable local puisse écrire que "Bien qu'il y ait eu un dysfonctionnement (une élève a été oubliée), nous avons fermement condamné la sanction de retrait d'emploi qui nous semble disproportionnée, surtout qu'il ne s'agissait pas de la classe de la directrice.", ou pire pour un autre qu' "En sanctionnant la directrice de cette école, l’administration envoie un signal négatif fort à tou-te-s les directeurs-trices d’école: ils-elles pourront être sanctionné-es pour des actes ou incidents ne relevant pas de leur responsabilité.", cela m'agace beaucoup, car cela me parait une claire volonté de nier la Loi et surtout la singularité du merveilleux et difficile métier - car c'en est un - de Directeur d'école. Nous sommes dans une logique de refus de considérer la Direction d'école comme une mission spécifique, avec des responsabilités spécifiques et des besoins spécifiques, et évidemment à terme la nécessité d'un changement clair de la définition de notre métier, de la façon de le reconnaître institutionnellement et salarialement, bref de son statut - le gros mot est écrit! -.

La seconde réflexion que ces tristes évènements suscitent en moi, c'est que comme Directrice ou Directeur d'école nous devons reconsidérer avec prudence et recul le prétendu besoin de "sorties scolaires". Il ne s'agit pas de sacrifier les sorties à visée sportive (je continue à aller à la piscine avec mes élèves de cinq ans) ni celles qui peuvent avoir un intérêt pédagogique dans le cadre précis du Projet d'école. Non, je ne parle évidemment que des sorties plutôt récréatives comme celles que beaucoup d'écoles pensent de leur devoir d'effectuer en fin d'année scolaire. Ces sorties réclament un engagement fort que pour ma part depuis longtemps je refuse d'assumer malgré les demandes parfois pressantes des familles qui veulent nous accompagner... et ne s'occuperont parfois que de leur propre enfant au détriment de la sécurité affective ou effective des autres. Mes parents d'élèves sont invités plusieurs fois par an à l'école pour participer à des actions qui leur permettent de travailler avec nos élèves, cela suffit en ce qui me concerne. Il faut avouer que peut-être je me rappelle trop, sur l'école que je dirige aujourd'hui, d'un incident survenu il y a vingt-cinq ans quand la précédente collègue avait oublié un groupe d'enfants et d'accompagnateurs au retour d'un voyage récréatif dans un zoo de la région, à deux cent kilomètres tout de même, pour s'en rendre compte à l'arrivée. Et puis, franchement, je ne vois pas l'intérêt de telles sorties. Pourtant j'en ai fait pendant des années (blessures diverses), des classes de neige aussi (poignets cassés, chevilles foulées)... Plus envie. Peut-être parce que nos élèves ont changé? La façon de nous tomber dessus pour la moindre égratignure certainement aussi. Pensez-y quand vous signez une autorisation de sortie sans nuitée à un adjoint dont vous n'êtes pas totalement assuré des compétences en matière de sécurité... La confiance, c'est important. La prudence aussi. N'oubliez jamais: le Directeur, c'est vous!

mercredi 6 juillet 2016

Vous n'êtes pas seul !

Chère collègue Directrice d'école, cher collègue Directeur d'école,

elles sont enfin arrivées, ces vacances d'été. J'imagine que bon nombre d'entre vous seront encore sur le pied de guerre pendant quelques jours. Il faut bien dire que cette année que nous devons "boucler" fut éprouvante, à de nombreux points de vue, entre exercices de sécurité imprévus mais nécessaires après les évènements de 2015, nouveaux programmes, j'en passe et des meilleures. Les années se suivent mais ne se ressemblent pas, celle-ci fut difficile et lourde pour nous autres, encore plus énergivore et chronophage que les précédentes. Nos charges se sont certainement beaucoup alourdies, mais pour des raisons logiques. Certains y auront laissé des plumes, quelques-uns auront lâché - épuisés ou dégoûtés -, d'autres prendront soulagés une retraite méritée. Mais la plupart d'entre nous resteront en poste, convaincus et attachés à notre mission si compliquée mais si riche. Et puis, il y a tous les petits nouveaux plus ou moins volontaires...

Notre métier a tout de même changé. Même si ce n'est pas toujours perceptible de prime abord sur le terrain. Avec un référentiel-métier d'abord, qui prouve s'il en était nécessaire que la mission du Directeur est bien un métier, à part de celui d'enseignant même si certaines centrales syndicales persistent à vouloir le nier, même si certains IEN ou certains DASEN font mine de l'ignorer, en particulier en freinant des quatre fers quant à la fameuse "simplification des tâches administratives". Avec une légère amélioration de notre décharge de temps d'enseignement, avec une légère amélioration de notre "indemnité" dont je rappelle qu'elle rentre en partie dans le calcul de notre retraite avec la RAFP. Et puis une nouvelle perspective, celle d'une "classe exceptionnelle" dont hélas je sais bien que la majorité d'entre nous seront exclus avant de longues et difficiles années d'exercice.

La lutte, si lutte il y a, n'est pas terminée. Les Directeurs d'école (je persiste à mettre une majuscule à ce titre) sont aujourd'hui mieux considérés que ce n'était le cas quand j'ai débuté dans la fonction. Mais il reste du chemin à faire, un lourd travail à accomplir. Heureusement, le GDiD est désormais hautement considéré au Ministère comme un interlocuteur sérieux et loyal. Parce que vous ne devez pas vous faire d'illusion: si maintenant on peut commencer à envisager la Direction d'école comme une perspective de carrière, si maintenant on peut mieux cerner les contours de notre mission et en envisager une évolution à moyen terme, c'est au GDiD que nous le devons. Certes nous sommes soutenus par plusieurs centrales syndicales, et non des moindres, mais tout de même c'est bien le GDiD qui est régulièrement invité au Ministère, à la Chambre, au Sénat, pour expliquer nos contraintes, nos besoins, nos désirs - un peu -, notre frustration - souvent - ...

Le GDiD est une association. Une association de Directrices et Directeurs d'école qui n'admettent pas que les choses restent en l'état. Nos charges et nos responsabilités sont telles que chacun peut comprendre que quelque chose ne va pas. Nous dire que nous sommes pédagogiquement responsables de la marche de notre école est certes satisfaisant intellectuellement, mais quelles armes avons-nous à notre disposition pour le faire admettre, alors même qu'institutionnellement nous ne sommes rien? Vous le savez bien, quand vous expliquez que vous ne pouvez pas faire grand chose pour remédier au problème d'un enseignant qui dysfonctionne sinon alerter ou tenter d'encadrer ou... Vous le savez bien quand vous vous heurtez à une Municipalité compliquée, ou à des ATSEM qui n'en font qu'à leur tête. Vous le savez bien quand vous échoit une EVS ou AVS sans formation aucune qui fait ce qu'elle peut mais ne peut pas... Le GDiD est là pour vous aider, le GDiD est là pour nous aider, à titre personnel dans une situation très compliquée, ou simplement par des conseils adaptés à la situation, et parfois ce n'est pas simple.

C'en est au point d'ailleurs que la question peut se poser pour le GDiD aujourd'hui: doit-il rester une simple association ou doit-il évoluer d'une autre façon mieux à même d'aider les Directrices et Directeurs en difficulté? C'est un débat.

Pour l'instant le GDiD a besoin de nous. Les collègues qui représentent l'association vivent dans le sud de notre pays, et "monter" à Paris coûte cher, entretenir le parc informatique aussi. L'adhésion, c'est 20 €, ce n'est pas beaucoup, et ça permet de rembourser les déplacements de représentants qui je le rappelle sont totalement bénévoles et font ça sur leur temps libre. Cela permet aussi de payer l'infrastructure de l'association dont les serveurs nécessaires au maintien du site et des forums. Rien ne vous interdit de donner plus!

Alors, si vous êtes déjà dans l'association, pensez à régler votre cotisation pour l'année scolaire 2016-2017. Si vous n'y êtes pas encore, venez, participez! Notre situation ne s'améliorera jamais plus si nous restons les bras croisés.


mardi 28 juin 2016

Calculez votre indemnité GIPA 2016...

Voici un petit fichier Excel destiné au calcul de l'indemnité de Garantie Individuelle du Pouvoir d'Achat (GIPA) pour 2016, l’arrêté en fixant les éléments étant paru aujourd'hui. Quand sera-t-elle versée? Mystère. Mais faites le calcul, cela vous remontera peut-être le moral en cette fin d'une année scolaire compliquée! ... ou le fera s'effondrer encore un peu plus, c'est selon.


Inscrivez simplement dans la feuille votre indice au 31 décembre 2011, puis votre indice au 31 décembre 2015, la calcul est fait automatiquement (attention, montant brut! Pensez à la CSG, la retraite, la RAFP...).

dimanche 26 juin 2016

Jouez à la bataille !

Je vous ai fait un jeu de cartes pour finir l'année du dirlo ou de la dirlette en beauté. C'est plus drôle d'y jouer en réunion de directeurs pendant que votre IEN s'évertue à vous convaincre des bienfaits de ses préconisations ou de celles d'un DASEN anxieux quant à sa prime de résultat. On y joue un peu comme à la bataille, sans regarder ses cartes. Et la prochaine fois je vous ferai un jeu de type "mille bornes", avec des obstacles du genre "base-élèves est planté" ou "exercice d'évacuation imprévu" ou "enseignant non remplacé".

Imprimez les images qui suivent (à base de dessins de mes élèves, il y a quand même un minimum).

Les règles:

25 cartes "élève"
6 cartes "enseignant"
4 cartes "directeur" ou "directrice"
2 cartes "ien"
2 cartes "dasen"
1 carte "ministre"
soit 40 cartes ce qui permet de jouer à quatre.

L'objectif est de se débarrasser des cartes "élève".

On joue comme à la bataille.

Si les deux joueurs abattent une carte élève, ils la gardent devant eux.
Si l'un des deux abat un atout face à une carte "élève", il le remet dans son jeu en fond de paquet, son adversaire met la ou les cartes "élève" alignées de son côté, y compris celles de son adversaire.
Si les deux joueurs abattent un atout semblable, ils remettent la carte dans leur jeu en fond de paquet. Si l'un des atouts est supérieur (hin hin hin!), le perdant met la carte perdante de côté avec les cartes élèves.
Si un joueur abat une carte "enseignant" et l'autre une carte "directeur", ils gardent les cartes devant eux et en abattent une seconde. La carte "directeur" ne bat la carte "enseignant" que si elle est suivie d'une seconde carte "directeur" ou d'un atout supérieur. Si les deux atouts sont semblables on abat une troisième carte. Et ainsi de suite jusqu'à ce qu'il y ait un perdant, qui met alors toutes ses cartes de côté alors que le gagnant remet tous ses atouts dans son jeu (oui, c'est injuste, mais c'est ça l'éducation nationale quand vous avez un emmerdement quelconque).

Quand un des joueurs n'a plus de cartes, on fait le compte des cartes "élève". Le perdant est celui qui en a le plus... ouaip, comme dans la vie!


samedi 18 juin 2016

Qui va exploser le premier ?

Mauvaise période... une de plus!

Avec ce temps pourri, la fin d'année à boucler, les injonctions ridicules et intempestives d'une institution qui tourne en rond, des enfants qui n'en peuvent plus de venir à l'école chaussés et habillés comme au mois de novembre et qui toussent à faire pitié, mon école devient une gigantesque pétaudière où tant bien que mal des enseignants et un directeur exténués tentent de sauver ce qui peut l'être.

Et chez vous, ça va comme vous voulez? Hier, il faisait beau, je n'ai RIEN fait faire à mes pauvres gamins incapables d'aligner trois mots ou de tenir un stylo, sinon les mettre dehors et exiger d'eux qu'ils se roulent dans l'herbe. Ils étaient calmes et heureux en quittant l'école d'avoir été durant quelques heures considérés comme ce qu'ils sont, des petits enfants. Je ne saurais dire que l'institution a conscience de ce fait quand elle me demande tout à coup de faire dans ces quinze derniers jours un ultime exercice d'évacuation...

Qui va exploser le premier?

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mercredi 15 juin 2016

Pourquoi ?

Le SE-Unsa nous fait aujourd'hui une annonce:

"Le ministère prévoit la création d’une Indemnité de Mission Particulière (IMP) de 1250 € bruts annuels pour les enseignants du premier degré qui assurent les missions de référent pour les ressources et usages pédagogiques numériques. Cette indemnité pourrait être doublée pour des situations spécifiques (Conseiller technique recteur ou DASEN)."

A quel titre? L'ISAE signifie "Indemnité de suivi et d'accompagnement des élèves". Je n'ai rien contre les ATice ou autre joyeux drille qui sévit en Direction académique ou ailleurs, je n'ai rien contre ces gens-là qui passent leur temps à me pondre des idées d'exercice de sécurité improbable ou des programmes académiques de statistiques à l'utilité plus que discutable, mais qu'est-ce qui justifie une telle indemnité pour les xTICE, qui n'ont pas d'élèves ni même, comme le petit dirlo que je suis, mes élèves à plein temps plus ma mission de directeur d'école? Je m'occupe moi-même du parc informatique de mon école (huit ordis dont six entre les mains des élèves, pas grand chose, pas le néant non plus) et je ne touche rien pour ça, je fais ça - de nouveau - sur mon temps... libre? Il n'a plus rien de libre mon temps, et depuis belle lurette. Je pense qu'il arrive un moment où il faut choisir entre avoir des élèves et ce qui doit avec justice l'accompagner, ou ne pas en avoir et abandonner toute autre question indemnitaire qui n'a aucune raison d'être. A force de tout donner à tout le monde, on dévalorise fortement ce qui est octroyé pour des missions autrement plus prenantes et qui ne peuvent pas être remplies, elles, sur le temps scolaire. Égalité n'est pas le synonyme d'équité.

Bon, qui sera le suivant? Qui n'en veut du gâteau? Et le SE n'a donc t-il pas de cause autrement plus importante à défendre?

dimanche 12 juin 2016

Non, je n'ai pas dit ça !

En me relisant ce matin, après une semaine de travail perturbée et une fête d'école lourdissime, je me rends compte que j'ai pu donner l'impression dans mes deux derniers billets que je trépignais de bonheur aux décisions du protocole PPCR.

Ce n'est pas le cas. Le compte n'y est pas pour les directrices et directeurs d'école. Mais je dois néanmoins encore une fois souligner que depuis des lustres personne n'en avait fait autant pour nous, dans l'écoute comme dans les faits, que depuis ces trois dernières années.

Soyons clairs: si la charge de classe de certains directeurs a légèrement diminué avec une "augmentation des régimes de décharge", si la "classe exceptionnelle" peut devenir une perspective de carrière pour quelques directeurs vieillissants, si notre charge des APC a diminué, si nos "indemnités" ont légèrement augmenté... pour autant notre charge de travail a augmenté également, nos difficultés n'ont pas changé (temps, énergie, cumul de certaines périodes...), les petites écoles sont toujours lésées, et le directeur d'école lui-même n'est pas encore reconnu dans ses compétences comme dans ses prérogatives. Sans statut spécifique, le directeur d'école n'existe toujours pas légalement, nous dépendons de tout le monde sauf de nous-mêmes, et nous n'avons pas de marge de manœuvre.

Les accords PPCR n'y changeront pas grand chose, l'excellente "Charte de confiance" signée par le GDiD avec les IENs non plus. Les risques liés à la mainmise sur les écoles par des principaux de collège qui n'y connaissent rien sont toujours présents, les exigences comme l'incompétence de certains inspecteurs de circonscription aussi, la "simplification administrative" est lettre-morte quasiment partout. Les outils numériques qui nous sont imposés, s'ils s'améliorent restent néanmoins peu conviviaux et surtout lourdingues, sans parler d'un Affelnet catastrophique dont je ne comprends toujours pas pourquoi c'est au directeur sans secrétariat qu'on impose de le remplir! Avec les attentats de 2015 nos devoirs en termes de sécurité sont devenus aberrants, et peut-être en fin de compte le refus de nombreux Maires comme de nombreux directeurs d'école de ne pas faire cette année de manifestation festive est-il une bonne chose, qui pointe les limites de nos possibilités d'action aux yeux de tous: assurer la sécurité d'accord, mais à quel prix? A défaut de pouvoir le faire, nous pouvons toujours ne rien faire du tout, c'est bien là malheureusement notre ultime possibilité d' (in)action.

Alors bien entendu la reconnaissance des directeurs d'école est toujours pour moi en ligne de mire. Nous sommes désormais attentivement écoutés certes, par le biais du GDiD en particulier, nous ne sommes pas forcément entendus. Le temps qui nous est octroyé pour faire notre boulot est toujours chiche, et c'est pire dans les petites écoles où nous devons encore faire des heures d'activités pédagogiques complémentaires qu'il faut bien prendre sur le temps que nous consacrions avant à notre mission. Concrètement? Ben rien n'a changé pour moi, sinon que j'ai chaque mois une journée de décharge qui évidemment ne tombe pas forcément au moment où j'en ai besoin. Et je dois bien malheureusement noter que cette "décharge" se fait parfois au détriment du remplacement d'enseignants malades tant les possibilités de remplacement sont devenues ténues au sein des circonscriptions.

Le système est toujours malade. Il a pris du paracétamol mais la maladie est toujours présente. J'avais écrit en début d'année scolaire que je n'en pouvais plus et que je voulais laisser tomber. Je n'ai rien "trouvé" au mouvement qui ma satisfasse... alors je continue, je vais pallier les défauts du truc avec mon expérience et mon j'm’en-foutisme de nombreuses sollicitations qu'il suffit d'ignorer pour qu'elles disparaissent. La mission est jolie, mais comme elle est difficile!

mercredi 8 juin 2016

Pourquoi la disparition du GRAF n'est pas en fin de compte une si mauvaise idée...

Si vous avez lu mon précédent billet, (et il a été beaucoup lu), vous savez que les accords PPCR prévoient la création en septembre 2017 d'une "classe exceptionnelle" en lieu et place du GRAF qui était discuté depuis plusieurs années.

Le GRAF était un grade à l'accès uniquement "fonctionnel", c'est à dire lié à l'exercice d'une mission spécifique, celle de directeur d'école évidemment. En lieu et place d'un statut inatteignable - il ne faut pas se leurrer -, c'était une façon commode de reconnaître la mission des directeurs d'école. Le présent gouvernement a préféré créer un grade supplémentaire, à l'image du reste de la fonction publique. Et c'est finalement très malin.

Pourquoi? Simplement parce que de nombreux syndicats font de la reconnaissance de la direction d'école comme métier spécifique - ce que c'est pourtant, vous savez ce que je pense - un casus belli. C'est bien connu, nous sommes tous frères, pas une tête ne doit dépasser, même si cette tête en fait deux fois plus que les autres. En créant ce grade accessible par tout un chacun, la question de la singularité disparait... un peu. Disons que ça devient audible, même pour certains réticents (je ne me fais pas d'illusion pour les réfractaires globaux, qui refusent tout par principe). Mais pour autant les directeurs d'école ne sont pas ignorés puisque 80% de l'accès à cette "classe exceptionnelle" se fait de façon fonctionnelle, par l'exercice d'une mission spécifique - direction d'école, conseil pédagogique, et -. Nous ne sommes certes plus seuls, mais comme il y a plus de directeurs d'école que d'autres "missionnaires" il y a de fortes chances que ce grade soit largement phagocyté par vous autres, mes frères et mes sœurs de douleur. Joie! Noël! Alléluia! Trinité! (oui, j'en rajoute un peu.)

Alors évidemment après il faut trouver le moyen de faire une sélection pour ne pas y faire entrer trop de monde d'un coup (50000 dirlos quand même!) et bien entendu c'est là que le bât blesse encore. Tous les dirlos n'y auront pas accès. Les huit années de pratique de direction - d' "engagement", comme ils disent - ne me paraissent pas ahurissantes. En revanche il est vrai que l'obligation d'être à la hors-classe fera que seulement un certain nombre de vieillards dans mon genre pourront y accéder de prime abord. On peut espérer un changement dans quelques années... on peu espérer, j'y crois assez. Et puis il reste 20% des places accessibles on ne sait trop comment, ça c'est en pleine discussion jusqu'à la fin juillet.



Le second point qui fait que c'est une bonne idée, c'est que ce grade est commun dans le reste de la fonction publique. Il n'y avait quasiment que chez nous que ça n'existait pas.

Enfin, et ce n'est pas rien, la mission de direction va peut-être devenir une perspective de carrière, du moins pour sa dimension financière éventuelle après bon nombre d'années d'exercice puisqu' a priori ce sera le nombre d'années dans la mission qui comptera, que ce soit ou non lointain et ou non fractionné. Ce qui incitera certainement à mon sens à au moins "essayer" cette difficile mission. Disons que son exercice pourra ne pas être vain dans la carrière. Nous avons tellement peu de perspectives de carrière dans notre métier que celle-ci ne peut pas être refusée. Et j'espère que beaucoup d'enseignants que je vois exercer avec talent et beaucoup de jeunes profs qui parfois m'éblouissent par leur énergie et leur envie seront tentés par la mission de directrice ou directeur d'école. Il faut bien nous remplacer, bordel! J'arrive au bout de mon parcours, ça vaut le coup de tenter, parce que nous qui sommes directeurs depuis longtemps nous savons à quel point notre travail peut être passionnant, s'il est aussi exigeant, chronophage, énergivore, et souvent ingrat. Vivent les jeunes!