lundi 22 août 2016

Le monstrueux problème des smartphones...

Même à l'école maternelle les smartphones deviennent un problème. Bien entendu nos élèves n'en ont pas, sauf quand ils piquent celui de leur maman (cela m'est arrivé). Mais nos parents, eux, en ont, et j'en fais régulièrement la cruelle expérience.

Désormais il est de bon ton pour certains parents mal éduqués, et fort impolis, de venir chercher leur enfant ou de l'accompagner le matin téléphone à l'oreille. Comme s'il était devenu en 2016 impossible d'interrompre une conversation certainement primordiale (c'est ironique bien entendu) pour seulement sourire ou dire bonjour à la maîtresse. J'ai généralement dans ces cas là une furieuse envie de taekwondo pour balancer un pied rageur dans leur engin, ce que mes genoux hélas m'interdisent. La bienséance m'amène juste à souvent littéralement hurler un "bonjour" retentissant qui les fait sursauter et quitter momentanément leur torpeur  nauséabonde. Clairement cet engin diabolique qu'est le téléphone mobile asservit l'homme à un point que j'aurais difficilement pu imaginer, moi qui m'en passe fort bien.

Je m'en passe, mais il semblerait que l’État considère aujourd'hui que cet outil soit indispensable à un directeur d'école, puisqu'il a récupéré mon numéro pour m'envoyer éventuellement un SMS en cas d'alerte terroriste ou autre. Que mon téléphone soit enfoui au fond de mon sac et y passe des heures paisibles ne semble pas gêner ma hiérarchie, ni mes interlocuteurs d'ailleurs qui me laissent un message quand ils ont vraiment quelque chose à me dire. Je ne vous raconte pas l'efficacité improbable du système:

- On vous a prévenu avec un SMS!
- Ah ouais, mais je ne regarde pas mon téléphone quand je travaille avec mes élèves. De toute façon je suis mort. Adieu!

Soulignons au passage que l’État n'a pas jugé bon de me fournir un téléphone de fonction qu'on pourrait réserver à ce genre d'usage ou aux contacts officiels, et donc m'en réclamer qu'il m'accompagne en permanence. Comme je n'ai non plus aucun outil informatique de fonction, ni rien d'autre d'ailleurs. Démerde-toi petit dirlo, utilise ton matériel perso! Quand je vois de jeunes cadres du privé avec portable et smartphone et voiture de fonction, je me dis qu'il y a encore du boulot... Non, dans l'Educ' Nat' vous fonctionnez bien comme vous pouvez. Si vous ne pouvez pas, tant pire comme dirait Zézette épouse X.

Mais ce pire est justement je crois à venir. Vous connaissez Périscope? C'est une application qui permet de transmettre en direct ce que l'on filme, avec la 4G aujourd'hui n'importe qui peut s'improviser "reporter" avec son smartphone. Je ne  sais pas pourquoi, mais je soupçonne fortement ce prochain mois de septembre des retransmissions de rentrée: "Ma pitchounette rentre à l'école. #live #lol #mdr" Que faire contre ça? Filmer quelqu'un sans son autorisation est bien entendu formellement interdit par la Loi, qui plus est dans une école. Mais à notre époque personne n'a cure de ce genre de prohibition, même les soi-disant journalistes encombrent les médias de "caméras cachées" et autres dégueulasseries. Et puis il est si facile d'être discret.

Enfin il y a le syndrome des bestioles virtuelles, j'évoque évidemment le célèbre jeu "Pokémon Go". Je ne sais pas si des créatures colorées se promènent dans mon école mais je m'attends au moins à ce que certains parents partent en chasse et circulent sans prévenir un peu partout les yeux rivés sur leur écran, le cerveau absent mais le regard bleuté, modernes zombies égarés dans tous les sens du terme. Vais-je devoir chasser les chasseurs? Pourquoi le Ministère ne réclame-t-il pas que les bulbizzares et autres rattatas soient expulsés des écoles et établissements? Parce que franchement, me réclamer de façon péremptoire des mesures de sécurité exceptionnelles et draconiennes dans ces conditions, que l'on m'en excuse mais je pense que c'est incompatible. Je vois d'ici des hordes de parents et d'adolescents balancer des pokéballes tout le long des trottoirs qui longent l'école, sur le parking, voire dans ma cour de récréation ou le dortoir, ou dans les toilettes pendant que leur petit a le pantalon sur les pieds...

En vérité je vous le dis, mes sœurs, mes frères, directrices et directeurs d'école compagnons de douleur et d'abnégation, nous ne sommes pas sortis de l'auberge. Ce qu'il nous faut ce sont des mesures claires et universelles, connues des parents, comme l'interdiction formelle faite aux familles de l'usage des téléphones mobiles dans les écoles et établissements tant qu'ils y sont présents. Mais c'est aussi valable pour le reste, pour tout le reste de nos responsabilités, il n'est plus possible aujourd'hui de simplement dire aux directeurs d'école "débrouillez-vous" ou "faites pour le mieux", "c'est à vous de juger", "c'est au directeur qu'incombe ce genre de responsabilité", tout ça pour mieux nous tomber dessus à bras raccourcis au moindre pet de travers. Ou alors qu'on nous en donne le pouvoir, c'est à dire une autonomie réelle et non fortuite, qui ne puisse être battue en brèche par le premier venu qu'il soit parent ou syndicat ou IEN ou DASEN ou Recteur. Mais je rêve, là. Oui, je rêve.

dimanche 14 août 2016

L'art de resservir les plats...

Ainsi donc, en ce mois d'août pourtant destiné au repos et à la récupération d'une énergie qui à mon âge est difficile à renouveler, de prétendues "nouvelles" instructions ont été transmises aux Recteurs quant à la sécurité des écoles face au terrorisme. Je ne doute pas une seconde que ces grands commis de l’État ne tarderont pas à les faire descendre sur nos têtes en les aménageant à leur sauce voire en les durcissant plus qu'il serait raisonnable de le faire, et je m'attends à la rentrée, lors de la traditionnelle réunion des Directeurs d'école, à en entendre pis que pendre quant à "mon rôle", "mes responsabilités", et gna gna gna. Comme si je ne connaissais rien de mon métier!

Nous avons vécu une année scolaire 2015-2016 anxiogène. Des personnes bien intentionnées nous ont inondés d'instructions diverses et variées dont pour elles la forme importait plus que le fond. Cela m'inquiète énormément. Depuis quand le signifiant est-il plus important que le signifié? Nos politiques et leurs administratifs font depuis trente ans plus de cas des documents que nous pouvons leur transmettre que de la façon dont nous enseignons. Les discours réitérés sur l'école des candidats potentiels à la future présidentielle sont ainsi conçus, qui mettent en avant la forme nécessaire que notre métier doit présenter plutôt que l'importance de la réussite de chacun: obéissance - de l'élève mais aussi du fonctionnaire -, tenue, programmes, méthodes... La réussite de nos élèves, si elle est réclamée, ne passe pour ces gens-là que par ce qu'ils considèrent comme des impondérables nostalgiques d'époques révolues où pourtant chacun était laissé dans son jus, et où 80% d'une classe d'âge ne réussissait même pas le Certificat d'étude.

L'école est-elle menacée par le terrorisme? Oui. Clairement. L'école française laïque, qui réunit dans une dualité diabolique l’État français et la laïcité, est une cible de choix qui a été nommément désignée. Et nous nous rapprochons forcément, mathématiquement, du temps où une école sera la cible d'un acte pervers. Devons-nous nous protéger? Évidemment. Mais devons-nous le faire de cette façon-là?

Je devrais, comme Directeur d'école, limiter l'accès des familles et fouiller leurs sacs, interdire les rassemblements sur la voie publique, j'en passe et des meilleures. L’État me donne l'autorisation de fouiller les sacs, mais le Droit lui ne me le donne pas! Je ne suis pas officier de police judiciaire, et j'ai du mal à m'imaginer réclamer chaque matin la présence du Maire de ma commune qui l'est par son mandat, ou de l'un de ses adjoints. L’État me demande d'agir contre les rassemblements devant l'école, mais la voie publique ne relève pas de mes prérogatives qui se circonscrivent aux locaux scolaires! On ne peut pas, ce n'est pas légalement possible, me donner des droits qui ne sont pas prévus dans les textes. Quant à limiter l'accès des familles... ma petite école maternelle et mes élèves ne s'en relèveraient pas. C'est idiot, ces demandes sont idiotes, illégales et contre-productives. Pire, elles renient tout ce qui fait la spécificité de l'école maternelle en France, notre tradition d'accueil et d'ouverture. Quand on sait les difficultés des parents d'élèves pour accéder aux écoles élémentaires, aux collèges ou aux lycées... Les Fédérations ne disent rien, je ne comprends pas. Et puis, ces demandes ne font non plus aucun cas de la géographie de nos écoles, aérées, ouvertes, lumineuses. Fariboles.

Bien entendu, je comprends pleinement les difficultés de nos gouvernants, qui savent que l'école est une cible potentielle voire probable. Ils en savent même peut-être plus. Mais pour autant devons-nous renoncer à tout? Devons-nous laisser des terroristes religieux fascisants, sexistes, pédophiles et meurtriers nous dicter notre façon de vivre, nous enlever nos aspirations à un monde équitable qui reconnaisse la valeur et le potentiel de chacun? Certainement pas. Je me rappelle le désarroi de Mme Aubry contrainte d'annuler la braderie de Lille qui pourtant remonte au XIIième siècle, pour la première fois depuis les années sombres de l'Occupation. Si cela pouvait faire admettre à certains que notre pays est réellement en guerre... Mais pour autant je refuse de céder à la peur.

Je serai attentif, je serai responsable, lors de cette nouvelle année scolaire, comme je l'ai été l'année dernière. Je suivrai les consignes qui ne seront imposées, car c'est le verbe qui convient. Même si je sais qu'elles n'empêcheront jamais une personne déterminée de commettre chez moi un massacre dont je serais certainement une des premières victimes.

Mais clairement je refuse de vivre une nouvelle année dans l'anxiété et le stress. Je pense à 2016-2017 mais aussi à 2017-2018, puis 2018-2019, et... Nous irons où ainsi? Jusqu'à quand? Dans mon travail quotidien, dans mon devoir d'amener chacun des élèves de mon école du mieux que nous pouvons à son épanouissement personnel, le stress est le pire des conseillers, qui désarme et qui épuise. Alors je veux bien qu'on me resserve le plat de la sécurité "nécessaire", des mesures "indispensables", des exercices de sécurité "inévitables", mais qu'on me laisse le faire comme je l'entends, et surtout qu'on ne vienne pas me brailler aux oreilles quelque consigne ridicule ou traumatisante pour les pitchounes que j'ai en charge. Parce que je crois que je deviendrais mauvais.

vendredi 15 juillet 2016

Un camion blanc...

Cette nuit à Nice un homme au volant d'un camion blanc de 19 tonnes a écrasé, au sens propre du terme, quatre-vingt-quatre personnes - hommes, femmes et enfants - qui ne voulaient que se distraire en ce jour de fête nationale, profiter du beau temps et d'un splendide feu d'artifice. Il lui a suffit de rouler sur la célèbre promenade des anglais noire de monde pour la parsemer de corps mutilés sur deux kilomètres. Nous l'avons certainement tous vue, cette photo poignante d'une poupée à côté d'un drap blanc.

Peut-on encore qualifier un acte de cette nature? Certains pourraient évoquer la folie. Mais ce n'est pas le cas, un acte de folie est excusable d'une certaine manière, ou du moins relève de l'incompréhensible. Non, il ne s'agit pas de l'acte d'un déséquilibré mais d'un choix, d'une volonté raisonnée de faire le mal de façon délibérée. Cette idée qu'il faudrait avoir abdiqué toute conscience pour tuer est une absurdité dans les circonstances présentes. C'est une volonté, précise, planifiée, organisée, celle de massacrer des innocents quel que soit leur sexe, leur âge, leur nationalité, leur religion, leurs idées, leurs désirs, leur passé ou leur potentiel, leurs mérites et leur avenir, et ce au moment où ils sont les plus vulnérables, où ils profitent de ce bien unique et déjà si court, la vie.

Je lis depuis ce matin un certain nombre de déclarations lénifiantes, de slogans surannés. "Be nice" ... C'est joli, c'est une boutade mignonne. Soyez gentil! Que vient faire la gentillesse dans un acte aussi lâche, dans un tel massacre? Demandez donc aux familles des victimes d'être gentilles, demandez aux familles des victimes du Bataclan d'être gentilles au moment où va se trouver ravivée leur douleur. Et de quelle façon!

Vous êtes croyant? Priez. Priez pour les morts, mais aussi pour les vivants. Vous ne l'êtes pas? De toute façon vous ne pourrez pas ne pas penser à elles, à eux, à ces existences fauchées et à cette perte incommensurable. C'est la même chose, cela revient au même.

Je lis aussi des déclarations du style "apprenez-leur la paix" ou autre mignonneté. Philippe Meirieu se trompe lourdement dans les deux "tweets" que j'ai lus venant de lui, l'un invoquant la "raison" - mais le tueur n'était pas fou - et l'autre le fameux "vivre ensemble". Si le conducteur du poids lourd était bien ce qu'il semble avoir été, il a certainement passé un certain nombre d'années dans nos écoles de la République, où ce fameux "vivre ensemble" est un leitmotiv depuis des décennies. Manifestement cela n'a pas suffit. Serait-il alors une victime de la société? Bien entendu j'écris ces mots de manière ironique. Combien de millions d'adultes responsables ont connu une enfance difficile, des difficultés scolaires, un habitat insalubre, sans pour autant "sombrer" dans la délinquance ou la criminalité? Je vais l'écrire clairement: la "gentillesse" et la bien-pensance n'ont à faire dans cette affaire, l'acte abominable se suffit à lui-même, il est son propre alpha et son propre omega.

Alors non, cette fois, je ne mettrai aucune image de rassemblement, aucun avatar barré de noir, je ne relayerai aucune de ces magnifiques illustrations qui fleurissent désormais immédiatement dans ces circonstances, je ne serai ni Charlie ni Paris ni Bruxelles ni Nice.

Je suis simplement, humainement, profondément choqué, profondément triste, profondément compatissant. Je suis en colère aussi, parce que mon pays mérite mieux que cette hécatombe. Au moment où certains réclament encore qu'on lénifie les paroles de la Marseillaise, j'estime moi qu'il est l'heure de prendre les armes. Oui, je veux qu'un sang impur, celui des lâches meurtriers qui prétendent faire la justice d'un Dieu qui ne leur a jamais rien demandé, abreuve nos sillons. Parce que tant qu'à choisir, je préfère que ce soit le leur qui coule, plutôt que celui d'une petite fille de trois ans.

jeudi 14 juillet 2016

Devinez quelle indemnité n'augmente pas ?

La note de service n° 2016-105 rappelle l'augmentation de la valeur du point d'indice de la fonction publique au 1er juillet. Beaucoup d'indemnités de l’Éducation nationale sont indexées sur cette valeur, et vous en trouverez la liste en bas de page ainsi que leur montant. Il y en a une que vous ne trouverez pas... devinez ?

jeudi 7 juillet 2016

Ce singulier métier à forte responsabilité...

Je reviens, en ce début de vacances, sur une affaire qui a défrayé la chronique au mois de mai dernier. Une élève de l’école maternelle de Villers-les-Pots, en Côte d'or, avait passé la journée seule dans sa classe, oubliée au moment du départ d’un voyage scolaire. Il ne faudrait pas minimiser les faits: l'enfant de quatre ans passera près de huit heures seule, sans manger ni boire, et ne sera retrouvée qu'au retour du groupe à 17 heures.

L'enseignant responsable de la classe était un "remplaçant" et connaissait mal les élèves. Il est pour l'instant "suspendu", et ne connaîtra son sort qu'après la rentrée de septembre. Peut-on lui en vouloir? Strictement oui, savoir qui est présent et compter les élèves puis les recompter sans cesse est une des bases de ce métier. Concrètement on pourrait peut-être lui trouver des excuses de par sa place particulière dans l'école à ce moment-là. La Commission Paritaire devra prendre une décision.

Pour l'instant la première mesure de rétorsion vise la Directrice de l'école. La décision a été prise le 4 juillet en Commission de la démettre de ses fonctions. Elle redeviendra adjointe et sera rayée de la liste d'aptitude en dépit d'une carrière exemplaire. Il était également question de lui infliger un "blâme" administratif, mais il semble que l'idée ait été abandonnée, ou du moins n'ait pas été exprimée lors du vote. Il faut dire que la Direction Académique a été surprise des réactions que ses propositions de sanctions ont suscité, pas tant de la part des syndicats qui défendent très logiquement les personnels, mais plutôt des familles de l'école de Villers-les-Pots qui ont défendu "leur" Directrice becs et ongles! Très appréciée, les parents d'élèves ont obtenu qu'elle ne soit pas déplacée et puisse continuer à enseigner dans la commune, ce qui était en fait l'unique souhait de la collègue sanctionnée. Je m'en réjouis pour elle, et pour les familles de l'école qui ont su voir au-delà de l'incident pour apprécier ses qualités humaines et d'enseignante.

Mais cela amène de ma part deux réflexions. D'abord sur la compliquée mission de Direction d'école, dont aujourd'hui encore chacun ignore l'énorme responsabilité qui pèse sur nos épaules. Les textes sont extrêmement clairs: le Directeur est responsable de la sécurité des personnes et des biens. Ce qui veut tout dire. Le Directeur est in fine le seul et unique responsable de tous les manquements à la sécurité qui surviennent à l'école pendant le temps scolaire, voire même hors temps scolaire s'il était avéré que la cause d'un accident fut un manquement au devoir de prévoyance. Il faut le savoir et en prendre pleinement conscience lorsqu'on décide d'assumer une telle mission. Il ne s'agit pas de se contenter de procéder à des évacuations diverses selon un schéma pré-établi, cela implique aussi de penser à tout ce qui peut arriver dans une école à l'immobilier parfois mal tenu, au matériel souvent dangereux, à des produits d'entretien qui ne seraient pas sous clef, etc. Il faut veiller à tout, rester aux aguets, vérifier que les consignes sont respectées... La charge est lourde, mais primordiale. J'insiste: c'est notre première responsabilité. Heureusement pour celle-ci nous avons deux alliés de poids: le Maire et l'IEN, que nous ne devons jamais hésiter à mettre en mouvement si cela est nécessaire.

Dans l'affaire qui nous préoccupe et dans cette optique de responsabilité indissociable, il est donc logique que notre collègue soit sanctionnée. Elle n'a d'ailleurs aucunement protesté, ce qui est tout à son honneur, et de plus cette sanction lui permettra peut-être à terme d'oublier ce triste manquement qu'elle est je suis sûr la première à se reprocher. De ce point de vue je pense que le soutien des familles de l'école lui aura été cher. Une mère d'élève de l'école a déclaré récemment dans un quotidien local: "Personnellement et sans minimiser l'erreur qui a été faite, je trouve cette sanction plus qu'injuste car il y a certes une responsabilité à assumer en tant que directrice mais pas à ce point-là!" Eh bien si, justement, mais je ne peux pas reprocher à une famille d'ignorer les textes de base qui régissent notre mission. En revanche, que certaines centrales syndicales fassent mine de ne pas les connaître m'indispose. Qu'un responsable local puisse écrire que "Bien qu'il y ait eu un dysfonctionnement (une élève a été oubliée), nous avons fermement condamné la sanction de retrait d'emploi qui nous semble disproportionnée, surtout qu'il ne s'agissait pas de la classe de la directrice.", ou pire pour un autre qu' "En sanctionnant la directrice de cette école, l’administration envoie un signal négatif fort à tou-te-s les directeurs-trices d’école: ils-elles pourront être sanctionné-es pour des actes ou incidents ne relevant pas de leur responsabilité.", cela m'agace beaucoup, car cela me parait une claire volonté de nier la Loi et surtout la singularité du merveilleux et difficile métier - car c'en est un - de Directeur d'école. Nous sommes dans une logique de refus de considérer la Direction d'école comme une mission spécifique, avec des responsabilités spécifiques et des besoins spécifiques, et évidemment à terme la nécessité d'un changement clair de la définition de notre métier, de la façon de le reconnaître institutionnellement et salarialement, bref de son statut - le gros mot est écrit! -.

La seconde réflexion que ces tristes évènements suscitent en moi, c'est que comme Directrice ou Directeur d'école nous devons reconsidérer avec prudence et recul le prétendu besoin de "sorties scolaires". Il ne s'agit pas de sacrifier les sorties à visée sportive (je continue à aller à la piscine avec mes élèves de cinq ans) ni celles qui peuvent avoir un intérêt pédagogique dans le cadre précis du Projet d'école. Non, je ne parle évidemment que des sorties plutôt récréatives comme celles que beaucoup d'écoles pensent de leur devoir d'effectuer en fin d'année scolaire. Ces sorties réclament un engagement fort que pour ma part depuis longtemps je refuse d'assumer malgré les demandes parfois pressantes des familles qui veulent nous accompagner... et ne s'occuperont parfois que de leur propre enfant au détriment de la sécurité affective ou effective des autres. Mes parents d'élèves sont invités plusieurs fois par an à l'école pour participer à des actions qui leur permettent de travailler avec nos élèves, cela suffit en ce qui me concerne. Il faut avouer que peut-être je me rappelle trop, sur l'école que je dirige aujourd'hui, d'un incident survenu il y a vingt-cinq ans quand la précédente collègue avait oublié un groupe d'enfants et d'accompagnateurs au retour d'un voyage récréatif dans un zoo de la région, à deux cent kilomètres tout de même, pour s'en rendre compte à l'arrivée. Et puis, franchement, je ne vois pas l'intérêt de telles sorties. Pourtant j'en ai fait pendant des années (blessures diverses), des classes de neige aussi (poignets cassés, chevilles foulées)... Plus envie. Peut-être parce que nos élèves ont changé? La façon de nous tomber dessus pour la moindre égratignure certainement aussi. Pensez-y quand vous signez une autorisation de sortie sans nuitée à un adjoint dont vous n'êtes pas totalement assuré des compétences en matière de sécurité... La confiance, c'est important. La prudence aussi. N'oubliez jamais: le Directeur, c'est vous!

mercredi 6 juillet 2016

Vous n'êtes pas seul !

Chère collègue Directrice d'école, cher collègue Directeur d'école,

elles sont enfin arrivées, ces vacances d'été. J'imagine que bon nombre d'entre vous seront encore sur le pied de guerre pendant quelques jours. Il faut bien dire que cette année que nous devons "boucler" fut éprouvante, à de nombreux points de vue, entre exercices de sécurité imprévus mais nécessaires après les évènements de 2015, nouveaux programmes, j'en passe et des meilleures. Les années se suivent mais ne se ressemblent pas, celle-ci fut difficile et lourde pour nous autres, encore plus énergivore et chronophage que les précédentes. Nos charges se sont certainement beaucoup alourdies, mais pour des raisons logiques. Certains y auront laissé des plumes, quelques-uns auront lâché - épuisés ou dégoûtés -, d'autres prendront soulagés une retraite méritée. Mais la plupart d'entre nous resteront en poste, convaincus et attachés à notre mission si compliquée mais si riche. Et puis, il y a tous les petits nouveaux plus ou moins volontaires...

Notre métier a tout de même changé. Même si ce n'est pas toujours perceptible de prime abord sur le terrain. Avec un référentiel-métier d'abord, qui prouve s'il en était nécessaire que la mission du Directeur est bien un métier, à part de celui d'enseignant même si certaines centrales syndicales persistent à vouloir le nier, même si certains IEN ou certains DASEN font mine de l'ignorer, en particulier en freinant des quatre fers quant à la fameuse "simplification des tâches administratives". Avec une légère amélioration de notre décharge de temps d'enseignement, avec une légère amélioration de notre "indemnité" dont je rappelle qu'elle rentre en partie dans le calcul de notre retraite avec la RAFP. Et puis une nouvelle perspective, celle d'une "classe exceptionnelle" dont hélas je sais bien que la majorité d'entre nous seront exclus avant de longues et difficiles années d'exercice.

La lutte, si lutte il y a, n'est pas terminée. Les Directeurs d'école (je persiste à mettre une majuscule à ce titre) sont aujourd'hui mieux considérés que ce n'était le cas quand j'ai débuté dans la fonction. Mais il reste du chemin à faire, un lourd travail à accomplir. Heureusement, le GDiD est désormais hautement considéré au Ministère comme un interlocuteur sérieux et loyal. Parce que vous ne devez pas vous faire d'illusion: si maintenant on peut commencer à envisager la Direction d'école comme une perspective de carrière, si maintenant on peut mieux cerner les contours de notre mission et en envisager une évolution à moyen terme, c'est au GDiD que nous le devons. Certes nous sommes soutenus par plusieurs centrales syndicales, et non des moindres, mais tout de même c'est bien le GDiD qui est régulièrement invité au Ministère, à la Chambre, au Sénat, pour expliquer nos contraintes, nos besoins, nos désirs - un peu -, notre frustration - souvent - ...

Le GDiD est une association. Une association de Directrices et Directeurs d'école qui n'admettent pas que les choses restent en l'état. Nos charges et nos responsabilités sont telles que chacun peut comprendre que quelque chose ne va pas. Nous dire que nous sommes pédagogiquement responsables de la marche de notre école est certes satisfaisant intellectuellement, mais quelles armes avons-nous à notre disposition pour le faire admettre, alors même qu'institutionnellement nous ne sommes rien? Vous le savez bien, quand vous expliquez que vous ne pouvez pas faire grand chose pour remédier au problème d'un enseignant qui dysfonctionne sinon alerter ou tenter d'encadrer ou... Vous le savez bien quand vous vous heurtez à une Municipalité compliquée, ou à des ATSEM qui n'en font qu'à leur tête. Vous le savez bien quand vous échoit une EVS ou AVS sans formation aucune qui fait ce qu'elle peut mais ne peut pas... Le GDiD est là pour vous aider, le GDiD est là pour nous aider, à titre personnel dans une situation très compliquée, ou simplement par des conseils adaptés à la situation, et parfois ce n'est pas simple.

C'en est au point d'ailleurs que la question peut se poser pour le GDiD aujourd'hui: doit-il rester une simple association ou doit-il évoluer d'une autre façon mieux à même d'aider les Directrices et Directeurs en difficulté? C'est un débat.

Pour l'instant le GDiD a besoin de nous. Les collègues qui représentent l'association vivent dans le sud de notre pays, et "monter" à Paris coûte cher, entretenir le parc informatique aussi. L'adhésion, c'est 20 €, ce n'est pas beaucoup, et ça permet de rembourser les déplacements de représentants qui je le rappelle sont totalement bénévoles et font ça sur leur temps libre. Cela permet aussi de payer l'infrastructure de l'association dont les serveurs nécessaires au maintien du site et des forums. Rien ne vous interdit de donner plus!

Alors, si vous êtes déjà dans l'association, pensez à régler votre cotisation pour l'année scolaire 2016-2017. Si vous n'y êtes pas encore, venez, participez! Notre situation ne s'améliorera jamais plus si nous restons les bras croisés.


mardi 28 juin 2016

Calculez votre indemnité GIPA 2016...

Voici un petit fichier Excel destiné au calcul de l'indemnité de Garantie Individuelle du Pouvoir d'Achat (GIPA) pour 2016, l’arrêté en fixant les éléments étant paru aujourd'hui. Quand sera-t-elle versée? Mystère. Mais faites le calcul, cela vous remontera peut-être le moral en cette fin d'une année scolaire compliquée! ... ou le fera s'effondrer encore un peu plus, c'est selon.


Inscrivez simplement dans la feuille votre indice au 31 décembre 2011, puis votre indice au 31 décembre 2015, la calcul est fait automatiquement (attention, montant brut! Pensez à la CSG, la retraite, la RAFP...).

dimanche 26 juin 2016

Jouez à la bataille !

Je vous ai fait un jeu de cartes pour finir l'année du dirlo ou de la dirlette en beauté. C'est plus drôle d'y jouer en réunion de directeurs pendant que votre IEN s'évertue à vous convaincre des bienfaits de ses préconisations ou de celles d'un DASEN anxieux quant à sa prime de résultat. On y joue un peu comme à la bataille, sans regarder ses cartes. Et la prochaine fois je vous ferai un jeu de type "mille bornes", avec des obstacles du genre "base-élèves est planté" ou "exercice d'évacuation imprévu" ou "enseignant non remplacé".

Imprimez les images qui suivent (à base de dessins de mes élèves, il y a quand même un minimum).

Les règles:

25 cartes "élève"
6 cartes "enseignant"
4 cartes "directeur" ou "directrice"
2 cartes "ien"
2 cartes "dasen"
1 carte "ministre"
soit 40 cartes ce qui permet de jouer à quatre.

L'objectif est de se débarrasser des cartes "élève".

On joue comme à la bataille.

Si les deux joueurs abattent une carte élève, ils la gardent devant eux.
Si l'un des deux abat un atout face à une carte "élève", il le remet dans son jeu en fond de paquet, son adversaire met la ou les cartes "élève" alignées de son côté, y compris celles de son adversaire.
Si les deux joueurs abattent un atout semblable, ils remettent la carte dans leur jeu en fond de paquet. Si l'un des atouts est supérieur (hin hin hin!), le perdant met la carte perdante de côté avec les cartes élèves.
Si un joueur abat une carte "enseignant" et l'autre une carte "directeur", ils gardent les cartes devant eux et en abattent une seconde. La carte "directeur" ne bat la carte "enseignant" que si elle est suivie d'une seconde carte "directeur" ou d'un atout supérieur. Si les deux atouts sont semblables on abat une troisième carte. Et ainsi de suite jusqu'à ce qu'il y ait un perdant, qui met alors toutes ses cartes de côté alors que le gagnant remet tous ses atouts dans son jeu (oui, c'est injuste, mais c'est ça l'éducation nationale quand vous avez un emmerdement quelconque).

Quand un des joueurs n'a plus de cartes, on fait le compte des cartes "élève". Le perdant est celui qui en a le plus... ouaip, comme dans la vie!


samedi 18 juin 2016

Qui va exploser le premier ?

Mauvaise période... une de plus!

Avec ce temps pourri, la fin d'année à boucler, les injonctions ridicules et intempestives d'une institution qui tourne en rond, des enfants qui n'en peuvent plus de venir à l'école chaussés et habillés comme au mois de novembre et qui toussent à faire pitié, mon école devient une gigantesque pétaudière où tant bien que mal des enseignants et un directeur exténués tentent de sauver ce qui peut l'être.

Et chez vous, ça va comme vous voulez? Hier, il faisait beau, je n'ai RIEN fait faire à mes pauvres gamins incapables d'aligner trois mots ou de tenir un stylo, sinon les mettre dehors et exiger d'eux qu'ils se roulent dans l'herbe. Ils étaient calmes et heureux en quittant l'école d'avoir été durant quelques heures considérés comme ce qu'ils sont, des petits enfants. Je ne saurais dire que l'institution a conscience de ce fait quand elle me demande tout à coup de faire dans ces quinze derniers jours un ultime exercice d'évacuation...

Qui va exploser le premier?

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mercredi 15 juin 2016

Pourquoi ?

Le SE-Unsa nous fait aujourd'hui une annonce:

"Le ministère prévoit la création d’une Indemnité de Mission Particulière (IMP) de 1250 € bruts annuels pour les enseignants du premier degré qui assurent les missions de référent pour les ressources et usages pédagogiques numériques. Cette indemnité pourrait être doublée pour des situations spécifiques (Conseiller technique recteur ou DASEN)."

A quel titre? L'ISAE signifie "Indemnité de suivi et d'accompagnement des élèves". Je n'ai rien contre les ATice ou autre joyeux drille qui sévit en Direction académique ou ailleurs, je n'ai rien contre ces gens-là qui passent leur temps à me pondre des idées d'exercice de sécurité improbable ou des programmes académiques de statistiques à l'utilité plus que discutable, mais qu'est-ce qui justifie une telle indemnité pour les xTICE, qui n'ont pas d'élèves ni même, comme le petit dirlo que je suis, mes élèves à plein temps plus ma mission de directeur d'école? Je m'occupe moi-même du parc informatique de mon école (huit ordis dont six entre les mains des élèves, pas grand chose, pas le néant non plus) et je ne touche rien pour ça, je fais ça - de nouveau - sur mon temps... libre? Il n'a plus rien de libre mon temps, et depuis belle lurette. Je pense qu'il arrive un moment où il faut choisir entre avoir des élèves et ce qui doit avec justice l'accompagner, ou ne pas en avoir et abandonner toute autre question indemnitaire qui n'a aucune raison d'être. A force de tout donner à tout le monde, on dévalorise fortement ce qui est octroyé pour des missions autrement plus prenantes et qui ne peuvent pas être remplies, elles, sur le temps scolaire. Égalité n'est pas le synonyme d'équité.

Bon, qui sera le suivant? Qui n'en veut du gâteau? Et le SE n'a donc t-il pas de cause autrement plus importante à défendre?

dimanche 12 juin 2016

Non, je n'ai pas dit ça !

En me relisant ce matin, après une semaine de travail perturbée et une fête d'école lourdissime, je me rends compte que j'ai pu donner l'impression dans mes deux derniers billets que je trépignais de bonheur aux décisions du protocole PPCR.

Ce n'est pas le cas. Le compte n'y est pas pour les directrices et directeurs d'école. Mais je dois néanmoins encore une fois souligner que depuis des lustres personne n'en avait fait autant pour nous, dans l'écoute comme dans les faits, que depuis ces trois dernières années.

Soyons clairs: si la charge de classe de certains directeurs a légèrement diminué avec une "augmentation des régimes de décharge", si la "classe exceptionnelle" peut devenir une perspective de carrière pour quelques directeurs vieillissants, si notre charge des APC a diminué, si nos "indemnités" ont légèrement augmenté... pour autant notre charge de travail a augmenté également, nos difficultés n'ont pas changé (temps, énergie, cumul de certaines périodes...), les petites écoles sont toujours lésées, et le directeur d'école lui-même n'est pas encore reconnu dans ses compétences comme dans ses prérogatives. Sans statut spécifique, le directeur d'école n'existe toujours pas légalement, nous dépendons de tout le monde sauf de nous-mêmes, et nous n'avons pas de marge de manœuvre.

Les accords PPCR n'y changeront pas grand chose, l'excellente "Charte de confiance" signée par le GDiD avec les IENs non plus. Les risques liés à la mainmise sur les écoles par des principaux de collège qui n'y connaissent rien sont toujours présents, les exigences comme l'incompétence de certains inspecteurs de circonscription aussi, la "simplification administrative" est lettre-morte quasiment partout. Les outils numériques qui nous sont imposés, s'ils s'améliorent restent néanmoins peu conviviaux et surtout lourdingues, sans parler d'un Affelnet catastrophique dont je ne comprends toujours pas pourquoi c'est au directeur sans secrétariat qu'on impose de le remplir! Avec les attentats de 2015 nos devoirs en termes de sécurité sont devenus aberrants, et peut-être en fin de compte le refus de nombreux Maires comme de nombreux directeurs d'école de ne pas faire cette année de manifestation festive est-il une bonne chose, qui pointe les limites de nos possibilités d'action aux yeux de tous: assurer la sécurité d'accord, mais à quel prix? A défaut de pouvoir le faire, nous pouvons toujours ne rien faire du tout, c'est bien là malheureusement notre ultime possibilité d' (in)action.

Alors bien entendu la reconnaissance des directeurs d'école est toujours pour moi en ligne de mire. Nous sommes désormais attentivement écoutés certes, par le biais du GDiD en particulier, nous ne sommes pas forcément entendus. Le temps qui nous est octroyé pour faire notre boulot est toujours chiche, et c'est pire dans les petites écoles où nous devons encore faire des heures d'activités pédagogiques complémentaires qu'il faut bien prendre sur le temps que nous consacrions avant à notre mission. Concrètement? Ben rien n'a changé pour moi, sinon que j'ai chaque mois une journée de décharge qui évidemment ne tombe pas forcément au moment où j'en ai besoin. Et je dois bien malheureusement noter que cette "décharge" se fait parfois au détriment du remplacement d'enseignants malades tant les possibilités de remplacement sont devenues ténues au sein des circonscriptions.

Le système est toujours malade. Il a pris du paracétamol mais la maladie est toujours présente. J'avais écrit en début d'année scolaire que je n'en pouvais plus et que je voulais laisser tomber. Je n'ai rien "trouvé" au mouvement qui ma satisfasse... alors je continue, je vais pallier les défauts du truc avec mon expérience et mon j'm’en-foutisme de nombreuses sollicitations qu'il suffit d'ignorer pour qu'elles disparaissent. La mission est jolie, mais comme elle est difficile!

mercredi 8 juin 2016

Pourquoi la disparition du GRAF n'est pas en fin de compte une si mauvaise idée...

Si vous avez lu mon précédent billet, (et il a été beaucoup lu), vous savez que les accords PPCR prévoient la création en septembre 2017 d'une "classe exceptionnelle" en lieu et place du GRAF qui était discuté depuis plusieurs années.

Le GRAF était un grade à l'accès uniquement "fonctionnel", c'est à dire lié à l'exercice d'une mission spécifique, celle de directeur d'école évidemment. En lieu et place d'un statut inatteignable - il ne faut pas se leurrer -, c'était une façon commode de reconnaître la mission des directeurs d'école. Le présent gouvernement a préféré créer un grade supplémentaire, à l'image du reste de la fonction publique. Et c'est finalement très malin.

Pourquoi? Simplement parce que de nombreux syndicats font de la reconnaissance de la direction d'école comme métier spécifique - ce que c'est pourtant, vous savez ce que je pense - un casus belli. C'est bien connu, nous sommes tous frères, pas une tête ne doit dépasser, même si cette tête en fait deux fois plus que les autres. En créant ce grade accessible par tout un chacun, la question de la singularité disparait... un peu. Disons que ça devient audible, même pour certains réticents (je ne me fais pas d'illusion pour les réfractaires globaux, qui refusent tout par principe). Mais pour autant les directeurs d'école ne sont pas ignorés puisque 80% de l'accès à cette "classe exceptionnelle" se fait de façon fonctionnelle, par l'exercice d'une mission spécifique - direction d'école, conseil pédagogique, et -. Nous ne sommes certes plus seuls, mais comme il y a plus de directeurs d'école que d'autres "missionnaires" il y a de fortes chances que ce grade soit largement phagocyté par vous autres, mes frères et mes sœurs de douleur. Joie! Noël! Alléluia! Trinité! (oui, j'en rajoute un peu.)

Alors évidemment après il faut trouver le moyen de faire une sélection pour ne pas y faire entrer trop de monde d'un coup (50000 dirlos quand même!) et bien entendu c'est là que le bât blesse encore. Tous les dirlos n'y auront pas accès. Les huit années de pratique de direction - d' "engagement", comme ils disent - ne me paraissent pas ahurissantes. En revanche il est vrai que l'obligation d'être à la hors-classe fera que seulement un certain nombre de vieillards dans mon genre pourront y accéder de prime abord. On peut espérer un changement dans quelques années... on peu espérer, j'y crois assez. Et puis il reste 20% des places accessibles on ne sait trop comment, ça c'est en pleine discussion jusqu'à la fin juillet.



Le second point qui fait que c'est une bonne idée, c'est que ce grade est commun dans le reste de la fonction publique. Il n'y avait quasiment que chez nous que ça n'existait pas.

Enfin, et ce n'est pas rien, la mission de direction va peut-être devenir une perspective de carrière, du moins pour sa dimension financière éventuelle après bon nombre d'années d'exercice puisqu' a priori ce sera le nombre d'années dans la mission qui comptera, que ce soit ou non lointain et ou non fractionné. Ce qui incitera certainement à mon sens à au moins "essayer" cette difficile mission. Disons que son exercice pourra ne pas être vain dans la carrière. Nous avons tellement peu de perspectives de carrière dans notre métier que celle-ci ne peut pas être refusée. Et j'espère que beaucoup d'enseignants que je vois exercer avec talent et beaucoup de jeunes profs qui parfois m'éblouissent par leur énergie et leur envie seront tentés par la mission de directrice ou directeur d'école. Il faut bien nous remplacer, bordel! J'arrive au bout de mon parcours, ça vaut le coup de tenter, parce que nous qui sommes directeurs depuis longtemps nous savons à quel point notre travail peut être passionnant, s'il est aussi exigeant, chronophage, énergivore, et souvent ingrat. Vivent les jeunes!

dimanche 5 juin 2016

Comment les profs vont grimper à l'échelle...

Le PPCR donne lieu à bien des commentaires, et beaucoup s'y perdent. Il faut avouer qu'il y a de quoi, entre les hausses de point d'indice, le transfert primes/points, les changements dans les échelles... De plus de nombreux points sont encore en discussion avec les syndicats, et ne devraient être décidés qu'à la fin du mois de juillet. Ainsi en est-il de l'évaluation - qui se ferait en partie lors de rendez-vous fixes -, ou de la "classe exceptionnelle" dont si nous connaissons l'échelle et la proportion des élus ( 80% fonctionnellement, dont directeurs d'écoles ou CPC ou...) nous ignorons les modalités de reclassement et autres détails.

En revanche il est des choses qui sont actées, et le calendrier en est connu. Voici ce qui nous arrive:
  • Juillet 2016 : 1ère revalorisation du point d'indice qui passe de 55,56 à 55,89 ;
  • Septembre 2016 : ISAE à 1200,00 € bruts par an ;
  • Septembre 2016 : 1/3 de décharge pour les écoles à huit classes ;
  • 1er janvier 2017 : 1ère augmentation indiciaire ;
  • 1er janvier 2017 : augmentation de la cotisation retraite (+0,35 %) ;
  • Février 2017 : 2ème revalorisation du point d'indice qui passe de 55,89 à 56,23 ;
  • Septembre 2017: reclassement dans la nouvelle grille ;
  • Septembre 2017: création de la classe exceptionnelle ;
  • 1er janvier 2018 : augmentation de la cotisation retraite (+0,27 %) ;
  • 1er janvier 2019: 2ème augmentation indiciaire ;
  • 1er janvier 2019 : augmentation de la cotisation retraite (+0,27 %) ...

D'autres éléments nous viendront prochainement qui feront certainement évoluer ce calendrier. Mais je le trouve déjà bien complet! Afin que chacun puisse avoir une idée plus claire de ce que signifient les nouvelles échelles, je vous ai fait un petit pdf récapitulatif qui vous en montre l'évolution ainsi que ce qui en découle financièrement. Il concerne les PE, PLP, certifiés, etc. C'est fait "à la louche": pour me faciliter la tâche j'ai appliqué aux traitements bruts un prélèvement fixe de 21% qui ne tient évidemment pas compte des complexités individuelles ni des changements compliqués qui interviendront comme l'augmentation des cotisations. Mais ça donne une idée quand même... Vous ne trouverez pas non plus dans ce pdf le maquis embroussaillé des indemnités. J'ai même fait l'impasse sur l'ISAE. A vous donc d'en tenir compte pour y ajouter ce qui manque et qui vous concerne directement et individuellement.

Cliquez sur l'image pour récupérer le fichier pdf. Euh... j'y ai beaucoup travaillé, mais il n'est pas impossible qu'il y traîne encore quelques erreurs. Si c'est le cas, merci de me les signaler!

http://pdf.lu/38CH


Maintenant, concrètement, voici quelques points qu'il faut connaître et comprendre.

Le reclassement en 2017 dans les nouvelles grilles se fera en classe normale à identité de grade avec maintien de l'ancienneté, dans la hors classe à identité de grade à l'échelon comportant un indice égal ou supérieur à l'indice actuel avec conservation de l'ancienneté. Les durées de chaque grade sont indiquées en regard des nouveaux indices. Mais 30% des enseignants pourront bénéficier d'un gain d'une année dans le déroulé de leur carrière et atteindre plus vite la hors classe. Cela ne pourra avoir lieu qu'aux échelons 6 et 8, c'est à dire au cours de la 8ème année et de la 14ème année, lors des nouveaux "rendez vous de carrière".

C'est la fin de l'inspection classique, le ministère substitue aux inspections aléatoires quatre rendez-vous de carrière définitivement déterminés. Le temps est fini des retards dans les inspections et autres accidents de parcours, et c'est un grand bienfait. Bien entendu, et cela fait partie de ce qui est actuellement discuté avec les représentations syndicales qui veulent bien travailler avec le ministère, l'IEN qui récupère ainsi en grande partie son rôle de conseiller pourra visiter les écoles de son propre fait ou sur demande. Nous demandions ça depuis des lustres!

C'est la fin aussi de l'avancement ternaire (grand choix - petit choix - ancienneté) qui disparait avec la réforme. Les "rendez-vous de carrière" auront lieu la première fois dans la 8ème année de carrière où je le rappelle une première accélération de carrière pourra être attribuée à 30% des enseignants, le second dans la 14ème année avec la même accélération, le 3ème lors de la 21ème année qui permettra un passage à la hors classe, et enfin "en fin de carrière" où on pourra demander à accéder à la classe exceptionnelle à moins qu'elle soit d'office proposée. L'accès à la hors classe sera donc désormais le prolongement normal de la classe normale et non une bonification rare. Il aura lieu à partir de la seconde année du 9ème grade de la classe normale à compter du 1er septembre 2017.

Il est également créé une "classe exceptionnelle" à partir de septembre 2017. Ce grade fait couler beaucoup d'encre - surtout chez les syndicats gauchistes pour lesquels nous sommes tous frères -, parce qu'il s'adresse en grande partie à certains métiers différents et jusqu'à présent peu reconnus - voire pas du tout - par notre institution. Attention! Tout cela est encore en discussion, mais a priori ce grade sera accessible à partir du 3ème échelon de la hors classe pour les enseignants ayant occupé durant au moins 8 ans des postes en éducation prioritaires ou des missions particulières (directeurs d'école, chefs de travaux, conseillers pédagogiques, DCIO, formateurs...), auxquels seront réservées 80% des promotions. Il reste 20% qui iront à des enseignants "méritants". Lesquels? Mystère pour l'instant. Le taux de promotion atteindra en 2020 10% des corps. Lors de la première promotion, le 1er septembre 2017, 17000 enseignants seront promus dont évidemment beaucoup de directeurs d'école et bien sûr je plaide pour ma paroisse, faut pas déconner quand même, à l'âge que j'ai et depuis le temps que je me décarcasse à la Ducros...

Tiens, les dirlos, parlons-en. Évidemment ce n'est pas Venise ni Babylone. Mais quels progrès! Si le GRAF tel que nous l'avions imaginé disparait, il nous reste tout de même une bonne partie des places de la classe exceptionnelle qui nous reviennent à titre fonctionnel. Sous conditions, d'accord et hélas: avoir de l'ancienneté dans la mission, et être à la hors-classe. Non, ce n'est pas vraiment bien, mais c'est mieux que rien, et ça donne peut-être une perspective de carrière qui incitera à vouloir remplir notre apostolat. Non, je ne suis pas satisfait, et je continuerai à me bagarrer pour la reconnaissance pleine et entière de chaque directrice et directeur d'école. Mais je prends ce qu'on me donne, et l'argent n'est pas forcément le cadet de mes soucis. Il reste aussi bien entendu par exemple entre autres le temps qui nous est dévolu pour notre mission, et je ne vous cacherai pas qu'en particulier le problème récurrent des 36 heures d'APC, dont l'éxonération ne change pas (6h pour une à deux classes - il en reste 30! -, 18h de 3 à 4 classes, totale à partir de cinq classes), m'exaspère. Moins on a de temps pour la direction, moins on nous en laisse. Bon, c'est un combat qui reste à mener, le GDiD ni moi-même ne laisserons tomber.

Je vous ai fait, chers collègues directeurs, un petit fichier spécifique sous Excel qui tient compte des indemnités. Désolé de ne pas le faire pour chaque mission, c'est trop infernal! Vous avez bien Excel quelque part.

 Je clique ici...

Consultez votre feuille de paye et entrez votre indice dans la première case bleue, puis consultez les tableaux qui sont en haut de page et entrez dans les autres cases rouges vos indemnités annuelles, part fixe et part variable, selon votre situation. Vous verrez votre évolution, qui tient compte de la valeur du point d'indice, du transfert primes/points, et de l'ISAE. Attention! Sur votre feuille de paye l'indice indiqué prend en compte votre bonification indiciaire selon la taille de votre école (sur la mienne par exemple est écrit 711, mais je suis à l'indice 695 et j'ai 16 points en plus parce que j'ai une école à trois classes). Si vous voulez faire une simulation pour les années à venir (intégration éventuelle dans la classe exceptionnelle, ou simplement un changement d'échelon) n'hésitez pas mais n'oubliez pas de faire attention aux dates indiquées, ni que je n'ai pas pris en compte l'évolution des prélèvements obligatoires comme la cotisation-retraite (je suis resté à 21% de prélèvements). Bon, finalement, débrouillez-vous!

J'espère vous aider un peu. Comme je me suis aidé moi-même pour y voir plus clair.

dimanche 29 mai 2016

Où va la gouvernance de l'école ?

Les élections présidentielles sont dans un an (un an!) mais pourtant depuis des mois nous sommes en campagne électorale, et ce qui me navre est que l'école, loin d'être laissée apaisée à l'écart des enjeux de pouvoir, reste un argument électoral. Brinquebalée entre partisans d'un énième retour à un passé fantasmé de hussards noirs - avec blouses, craies et férules, une école à la Doisneau - et partisans dont je suis d'une évolution nécessaire, l'école française va de nouveau connaître les affres d'une remise en question. C'est une "révolution permanente" dans le mauvais sens, celle qui autorise n'importe qui à dire ou écrire n'importe quoi, et surtout que les enseignants sont des feignasses qui ne bossent que 15h par semaine - oui, je l'ai déjà lu - aux frais du contribuable et se foutent des résultats scolaires de leurs élèves. Nous allons lire et relire ces prochains mois à quel point les petits français sont mal formés, ne savent pas - plus - lire, ne savent pas - plus - compter, ne connaissent pas l'histoire ni la géographie de leurs pays, ni ne connaissent par cœur les numéros des départements.

C'est lassant, bien entendu, et inconfortable. Il aura fallu quatre ans pour nous réconforter après les épreuves difficiles que nous avons connues et le mépris que nous avons dû supporter entre 2007 et 2013, et encore la confiance ne nous est-elle pas totalement revenue. Nous sommes repartis pour un tour.

Chacun aujourd'hui fourbit ses armes, et nous abreuve de projets plus ou moins exotiques pour "l'avenir de l'école", dont bien entendu chacun s'accorde à écrire qu' "elle ne fonctionne pas", qu' "elle ne remplit pas son rôle". Qu'aucun de ces personnels politiques ne se pose la question de sa propre responsabilité dans ce constat m'ébahit, alors que nous n'avons face à nous qu'anciens Président ou Premiers ministres, ministres, députés, sénateurs... qui depuis quinze ou vingt ans au moins sont pourtant aux commandes de la Nation. Admettons alors que ce n'est qu'un jeu, que je ne trouve pas drôle du tout, mais un jeu. Qui s'étonnera lors des taux d'abstention lors des scrutins?

Parmi les arguments évoqués par la majorité des candidats potentiels à cette élection, il en est un qui retient particulièrement mon attention, c'est celui de "l'autonomie" de l'école. Évidemment personne n'est d'accord sur la définition de ce mot, mais ça fait joli même si on n'a aucune idée de ce dont il peut bien s'agir. Nos candidats sont un peu ce que Jean-Christophe Torrès appelle des "cabris de l'autonomie", sympathique allusion à une déclaration fameuse du général de Gaulle. On n'y comprend rien mais ça fait bien d'en causer, ça fait moderne et renseigné. Il faut néanmoins remarquer qu'il existe sur ce point un certain consensus, à gauche comme à droite voire à l'extrême-droite (l'extrême-gauche y est pour sa part farouchement opposée, elle a au moins le mérite de la clarté et de la pérennité de son point de vue). Que ce soit crédible, c'est autre chose. Le jour où je verrai cet État jacobin et centralisateur qui est le nôtre accepter de perdre son pouvoir coercitif et injonctif, les poules auront peut-être des dents: "... la culture administrative envisage toute liberté locale comme une menace à l’efficacité " (Jean-Christophe Torrès). Mais j'ai le droit d'espérer! Émanciper l'école, c'est un beau programme. Je regrette simplement que le terme ait été kidnappé un jour par une centrale syndicale. Il est aujourd'hui très connoté dans le milieu enseignant.


Néanmoins je la veux, cette autonomie! Comme directeur d'école, je veux être autre chose que la dernière roue du carrosse dans toutes les discussions qui impliquent l'école que je dirige. Comme le rappelle Frédéric Sève (SGEN-Cfdt) dans un entretien récent:

"On l'a vu par exemple dans les discussions sur les rythmes scolaires ou les PEDT. L'école n'est jamais en capacité d'avoir la parole. C'est toujours la mairie et l'inspection académique qui discutent et contractualisent."

Pourtant tout le monde sait que c'est localement que les problèmes de nos élèves peuvent au mieux être résolus. Car nous ne devons jamais perdre de vue que la réussite scolaire des enfants qui nous sont confiés est l'essence de notre métier. Gérald Chaix nous rappelle que le système tel qu'il est actuellement administré manque d'efficacité et creuse les inégalités, que l’Éducation nationale ne garantit pas l'égalité des chances. Écrivons-le: l'école se trouve dans une injonction de réussite pour tous alors qu'elle n'a pas ou que très peu de moyens sur le terrain pour y répondre. Sans le choix raisonné par les partenaires locaux et l'équipe éducative des moyens d'action pour y parvenir, avec les contraintes et les possibilités de chaque école, garantir la réussite scolaire de tous nos élèves reste une gageure... ou une illusion. Le Sénat aussi ne dit pas autre chose :

"... c'est l'établissement, et non la classe, qui constitue la brique fondamentale du système éducatif. L'esprit d'équipe, sa solidarité et le développement d'un véritable travail collectif sont présentés par l'ensemble de la recherche comme une condition essentielle de la réussite des élèves."

Mais quelle autonomie? Il faudrait déjà que les acteurs de l'école soient d'accord entre eux. Les enseignants d'abord, qui souvent voient "une autonomie de l’établissement confondue avec celle du chef d’établissement, et ressentie comme potentiellement menaçante pour leur liberté pédagogique" (Jean-Michel Catin). Les directeurs d'école ensuite, qui s'imaginent "devant de nouvelles responsabilités, synonymes à leurs yeux d’un surcroît de charges et de complexité; la dépendance à une hiérarchie assez lointaine fait finalement courir moins de risques qu’un engagement dans le cadre de responsabilités assumées" (Jean-Paul Delahaye, Jean-Charles Ringard). Les syndicats : "Elle effraie les syndicats enseignants... Elle déroge à la culture administrative en vigueur depuis toujours" (Jean-Christophe Torrès). Même les "penseurs" de l'éducation s'y mettent, qui y voient certainement aussi à juste titre les arrières-pensées politiques, mais en profitent pour tacler une éventuelle autonomie perçue comme une "libéralisation de l'enseignement" (au sens politicien de "libéral"), comme l'écrit Meirieu :

"Je suis même convaincu qu’une partie de la droite rêve, aujourd’hui, de cette libéralisation complète du système, et se prépare à mettre en œuvre une dérégulation progressive de l’éducation, selon des principes plus ou moins inspirés du chèque-éducation."

Philippe Meirieu a des craintes, mais il n'en a pas moins tort. D'autant que l'équité pécuniaire des moyens accordés aux écoles fera rigoler tous les collègues qui me lisent. Je vois moi dans l'autonomie des écoles non pas une libéralisation, mais une libération. Comme directeur d'école, avoir le choix de mes projets directement nécessaires à la réussite de mes élèves et passionnément discutés en équipe, pouvoir en élaborer tenants et aboutissants sans avoir à me référer à des injonctions académiques ou ministérielles totalement éloignées des réalités locales, pouvoir en discuter les budgets avec une municipalité partenaire privilégiée sans attendre l'aval de quiconque, voilà quelques possibilités qui me font rêver. J'ai simplement envie de continuer à œuvrer au mieux, mais sans entrave administrative ni suspicion préalable. L’autonomie, qu’on ne confondra pas avec l’indépendance, c'est avoir le choix des moyens et des méthodes. Elle a nécessairement ses limites et suppose une complémentarité avec le regard externe (Bernard Dizambourg, Jean-Paul Delahaye), pour poser des "garde fous" (Jean-Michel Catin) et favoriser un pilotage institutionnel : "Il faut que l’État ait les moyens de suivre finement les évolutions dans les établissements et d’anticiper les risques éventuels" (Bernard Dizambourg). Car évidemment il n’existe pas d’autonomie sans responsabilisation, et "nulle part on ne crée d’autonomie sans créer en même temps, dans la même logique, (…) des modalités de régulation" (Roger-François Gauthier). L’évaluation par exemple est une étape indispensable au pilotage (Roger-François Gauthier, Gérald Chaix, Alain Tanguy, Bernard Dizambourg). Mais c'est d’abord une autoévaluation, afin de permettre aux équipes de vérifier dans quelle mesure les pratiques mises en œuvre remplissent la mission de l’École dans tous ses aspects.

Cette autonomie qui fait si peur passe certainement par la création d' "établissements du 1er degré". Encore faut-il s'entendre là aussi sur le sens à donner à ces mots. Je ne suis pas certain que la proposition, faite par "Les Républicains" dans leur projet présenté en avril dernier de la création d' EPLP, soit autre chose que verba volant. Nous avons déjà donné, merci, et nous en avons pris plein les dents. Le même projet venant de l'extrême-droite fait aussi bien rire quand on constate ce qui se passe dans les écoles des communes tenues par ces gens-là. Passons, je veux rester charitable.

Le Sénat lui-même n'est pas forcément très clair lorsqu'il propose de "reconnaître un statut de chef d'établissement aux directeurs d'école, ce qui implique, par conséquent, de conférer le statut d'établissement public local d'enseignement aux écoles". Lorsqu'on lit le rapport, on comprend le juste point de vue, et une volonté réelle de faire progresser le système vers une nécessaire efficacité. Pour autant on sent que nos sénateurs ne cernent pas forcément tous les tenants et aboutissants de leur proposition, comme LR également se gardent bien de préciser leur projet. Quid par exemple des chefs d'établissement du primaire? Si dans l'esprit il s'agit de créer un nouveau corps, on court à la catastrophe, car un nouveau corps, de par le fonctionnement de la fonction publique, est accessible sur concours à n'importe qui. J'imagine difficilement un ancien principal de collège ou un quelconque administrateur civil ou militaire devenir chef d'établissement, avec un Conseil d'administration tout autant ignorant de ce qu'est l'école. Il est clair pour moi qu'un chef d'établissement du primaire ne peut être qu'un ancien enseignant du primaire (et j'entends bien venant de la maternelle ou de l'élémentaire) en connaissant bien le fonctionnement, les tenants et aboutissants, les plus petits et infimes recoins qui vont des soins que l'on donne à un enfant qui s'est blessé au genou en récréation à la remise en route d'un photocopieur qui flanche. Le concevoir autrement serait une absurdité mortifère. J'ajouterai même qu'une expérience enseignante d'une dizaine d'années serait un pur bienfait à une époque où la mission de direction d'école est si peu intéressante qu'elle n'est le plus souvent pourvue que par des débutants.

C'est pourquoi les propositions du GDiD ou du SGEN-Cfdt (toujours droit dans ses bottes sur ce point, ce qui n'est pas forcément le cas d'autres centrales syndicales) sur le sujet me semblent autrement plus réfléchies et concevables. Au delà  de la reconnaissance administrative et de la charge de travail des directeurs d'école qui pointe son nez depuis quelques années (décharges, référentiel-métier, charte de confiance, un GRAF bientôt... et je vous serais grâce de bien y réfléchir en mai 2017), l'idée de bientôt aboutir à un changement majeur de la gouvernance de l'école primaire réjouit mon âme. Je suis un vieux bonhomme qui cours désormais vers le temps où je serai en retraite, je n'en serai pas. Mais après aujourd'hui 37 années consacrées à la réussite scolaire des enfants que me confient avec une confiance chaque fois renouvelée des parents d'élèves anxieux, je ne veux, je ne souhaite, je n'espère et je n'attends que ce changement indispensable. Je ne joue plus pour moi. Je joue pour mes pitchounes et mes pitchounettes de cinq ans qui me grimpent sur les genoux en récréation et me sourient totalement avec une désarmante innocence. C'est pour eux que mon cœur fond, c'est pour eux que je me bats.

PS: je me suis beaucoup appuyé pour ce billet, et en particulier pour les citations, sur un document remarquable de l'AFAE consacré à l'autonomie... C'est à lire!

dimanche 22 mai 2016

Système à la con...

Pourquoi, oui pourquoi le Directeur d'école est-il le dernier informé de ce qui se passe "officiellement" dans son école? Dans le cadre du mouvement, un enseignant doit y être nommé. La Commission ad hoc s'est tenue il y a plusieurs jours et je ne sais toujours pas si quelqu'un a obtenu le poste ni quel est son nom, ou si personne n'a été nommé pour une raison quelconque. S'agit-il donc d'un "pré carré" syndical auquel on ne doit pas toucher? Le programme informatique est-il infoutu d'envoyer un courriel de principe pour informer le Directeur? Dans un cas comme dans l'autre, je passe pour un con auprès des familles auxquelles je suis incapable de dire seulement le nom de l'enseignant que leur enfant aura l'année prochaine. Quel système, mon Dieu mais quel système!

Signé: un dirlo en colère qui en a marre d'être la dernière roue du carrosse.