dimanche 25 juin 2017

On n'a pas de bol quand même, ou pauvre NVB...

Il y a comme un problème. Du moins je trouve, moi. Du haut de mon mètre 75 un peu tassé avec l'âge, j'ai du mal à admettre qu'on puisse tenir deux discours différents sans y voir aucune antinomie.



Je parle de notre nouveau gouvernement, ou de notre nouveau ministre, mais comme il semble que notre Président de la République étende ses ailes avec force et détermination au-dessus de ses oisillons apeurés, il est clair que les décisions viennent pour l'instant directement de l’Élysée.

Effectivement M. Macron avait dans ses promesses de campagne affirmé qu'il dédoublerait les classes de CP voire de CE1 des zones "difficiles", entendez les écoles en REP ou REP+ (au passage cette surenchère m'a toujours rendu ahuri, on dirait un sketch de Coluche, à quand les REP++ et +++ ? ). Pourquoi pas, dans l'absolu. Sauf que douze élèves c'est idiot parce qu'il n'existe aucune synergie dans la classe, sauf que les Directrices et Directeurs de ces écoles qu'ils gèrent au quotidien n'ont rien demandé en ce sens, sauf que la plupart préfèreraient avoir des sous qu'ils pourraient mettre là où ils en ont besoin, ou profiter de l'excellent dispositif  "Plus de maîtres que de classes" réclamé depuis plusieurs décennies et enfin réalisé par l'excellente Najat Vallaud-Belkacem qui ne méritait certainement pas ce qui lui est arrivé. Notons au passage que ce dispositif est celui employé dans les fameuses écoles finlandaises où il fait je l'espère plus frais qu'ici. Mais pour satisfaire une partie déprimante de son électorat le présent gouvernement veut balayer tout ce qui fut marqué du sceau de l’infamie NVB. Pov' Najat ! Et je ne moque pas, j'ai suffisamment écrit ici tout le bien que je pensais de cette femme. Si vous n'êtes pas content je vous tire la langue, na na nère, et il est temps que je parte en vacances parce que si je me mets à causer comme mes élèves...

On n'a pas de bol, quand même, dans l'Educ'Nat. Après François Hollande qui a voulu respecter sa promesse de campagne impromptue de créer soixante-mille postes d'enseignants lors du quinquennat, quitte à sacrifier ou handicaper tout le reste et tout ce qui pouvait faire progresser l'école d'une autre façon, voilà que M. Macron fait la même chose. Si les Présidents élus se mettent à respecter leurs promesses, où va-ton, bordel !

Parce que je trouve que ça fait désordre. Comment peut-on d'une main clamer son amour immodéré pour l'autonomie des écoles et des établissements, en faire un cheval de bataille, un alpha et un omega, et en même temps nous enfoncer dans la tête une telle épée de Damoclès, bureaucratique et institutionnelle, sans concertation ni sans se poser aucune question?

Parce que l'injonction est totale. Les moyens? On s'en fout! Les locaux? On s'en fout! Les municipalités? On s'en fout! Je peux écrire d'ailleurs exactement la même chose avec le fabuleux retour aux "quatre jours" qu'une masse incommensurable d'écoles va devoir appliquer dès septembre prochain. Il faut avouer que là Peillon - qui fait bien de se promener en péniche et de se faire oublier - avait fait une connerie monumentale, emporté lui aussi par ses certitudes sans concertation et son ostensible mépris pour les gens de terrain et les territoires. 

Comme d'habitude, ce sont les Directrices et Directeurs d'école, corvéables à merci, qui vont devoir trimer. Les fonctionnaires fonctionnent. Et attention! Il n'y aura aucun aménagement, on a dit douze, ce sera douze, démerdez-vous! Je ne doute pas une seconde que les recteurs et dasens aux abois sauront faire preuve de zèle et de diligence...

Est-ce que je suis coupable de trahison, ou de mauvais esprit, si j'écris que tout ça me gonfle profondément, et que j'en ai marre de toutes ces conneries? J'ai assez souvent exprimé que ce sont les agents de terrain qui savent le mieux ce qui convient à leurs élèves, dans leur commune. Mais bernique! Tous ces gens-là, arc-boutés sur leurs certitudes, s'en foutent tant ils croient le savoir mieux que nous.

Et merde à l’État jacobin.

jeudi 8 juin 2017

C'est trop facile, Monsieur le Ministre...

Lorsque M. le Premier Ministre vous a appelé à votre poste, M. Blanquer, le monde de l'éducation n'a pas manqué d'être inquiet. Effectivement, votre travail en tant que DGESCO il y a huit n'a pas vraiment laissé de bons souvenirs à notre communauté, en particulier  à l'école maternelle. Il avait par la suite fallu aux enseignants plusieurs années pour retrouver un peu de sérénité dans leur travail, malgré quelques autres changements pas tous bien venus.

Néanmoins nous nous disions que peut-être, désormais à la tête du ministère, vous auriez le souci de vos personnels, comme vous l'expliquiez dans un entretien avec "SOS Education" : "(...) tout le monde est conscient que toute réforme, même minime, peut épuiser le système tant ce dernier est à bout.(...)".

Vous avez donc fait quelques déclarations lénifiantes, expliquant qu'il n'y aurait pas de "réforme Blanquer", que vous vouliez y aller dans la douceur et la persuasion. Vous avez bien laissé échapper quelques mots désagréables susurrés par l'organisation susnommée, comme "pédagogisme" par exemple, avec le léger dédain qui s'impose. Mais cela pouvait être une maladresse.

Il ne vous aura néanmoins pas fallu plus d'un mois pour montrer votre vrai visage. Passe encore pour le dédoublement des classes de CP qui faisait partie du programme de M. Macron, même si nous avions bien compris qu'évidemment malgré vos dénégations ce seraient les enseignants du dispositif PDMQDC qui trinqueraient. Mais vous cumulez, en ce moment, les déclarations désagréables. Vous lancez des balises comme autant de signaux destinés à voir quelles seront les réactions du milieu enseignant ou des français en général : sur les rythmes scolaires, sur les redoublements, sur les devoirs forcément faits à l'école ou encadrés par des volontaires, sur...

Tout cela bien entendu vous le faites à votre gré, sans consultation des enseignants, sans chercher l'avis de ceux qui sur le terrain travaillent quotidiennement avec les enfants de ce pays. Vous foulez aux pieds avec allégresse des années d'investissement, de travail, d'organisation, des années de recherche. Certes par exemple la réforme des rythmes a été tout autant bâclée, mais justement vous aviez tout loisir de calmer les ardeurs et de suggérer d'emblée des méthodes de travail, au lieu de nous jeter ces changements au visage avec une brutalité étonnante. Car dans votre démarche pour vous agréger les maires de certaines communes françaises, vous oubliez volontairement ceux - notamment les Directeurs d'école organisateurs, gestionnaires, responsables - qui ont appliqué quotidiennement ces rythmes depuis plusieurs années, y ont beaucoup investi en temps et en énergie, même s'ils n'étaient pas forcément d'accord. Ce n'est pas l'idée de laisser les territoires choisir qui m'indispose, c'est la façon abrupte dont vous le faites, et votre choix délibéré d'ignorer les personnels.

Je ne crois pas au hasard. Votre ambition secrète est de démanteler ce ministère qui vous obsède. Vous l'aviez clairement expliqué dans l'entretien avec l'organe douteux que j'ai déjà cité : "(...) Le statut associatif permet déjà, en France, de faire beaucoup de choses. On pourrait accompagner des initiatives dans le futur, dès lors qu’elles sont clairement dans le cadre des objectifs de service public. Sans aller vers des logiques de privatisation, on peut aller vers des logiques de délégation, qui permettent d’accomplir mieux le service public en responsabilisant davantage des acteurs. (...)"  Je ne crois plus à votre volonté de construire, je crois de plus en plus à votre volonté de détruire.

Pire, car il y a pire, c'est aux médias que vous annoncez les choses, ou au hasard d'entretiens improvisés lors de vos déplacements. C'est forcément, évidemment, foncièrement délibéré de votre part. Les médias vous suivent qui n'y comprennent rien tant ils ont hâte de faire leur "une" de vos pseudo-confidences. Les sondages vous suivent aussi, les français sont des ânes en matière d'éducation et n'imaginent leur école que sous la forme qu'elle avait au XIXème siècle, ou qu'elle n'a jamais eue tant ce domaine relève du fantasme. Ce n'est plus du dédain, M. le Ministre, c'est du mépris pour les enseignants, c'est du mépris pour moi et mes presque quarante années d'investissement auprès de mes élèves. Je suis un bon fonctionnaire, M. le Ministre, je fonctionne et je continuerai à fonctionner. Mais ne me demandez ni enthousiasme ni rapidité. Votre expérience pourtant devrait vous avoir fait connaître la puissance de freinage du milieu enseignant. Je crains que n'ayez à y faire rapidement face. Certainement alors vous aurez beau jeu de dénigrer avec force le million de personnels qui travaillent sur le terrain... C'est vrai, M. le Ministre, c'est un jeu trop facile. Mais c'est un jeu que personne ne gagne jamais, et qui se joue au détriment de nos enfants.

Je ne crois pas une seconde, M. le Ministre, que vous soyez aveugle ou bête. Une fois que les élections législatives seront passées, il sera certainement temps de changer votre fusil d'épaule. Mais soyez néanmoins conscient qu'en à peine quatre semaines vous avez fait avec quelques mots, en donnant tant de gages à une vision médiocre de l'école, mille fois plus de mal que vous pouvez l'imaginer. Lever le doute sera désormais difficile.

dimanche 4 juin 2017

Vous allez voir ce que vous allez voir !

J'ai une étrange impression de déjà-vu. M. Blanquer, récent ministre de l’Éducation nationale, nous distille savamment à chaque entretien avec un journaliste une nouvelle annonce qui nous enfonce un peu plus dans l'incertitude. Moi qui n'aspire qu'à travailler dans la sérénité et sur le long terme, c'est râpé! Bien entendu, il ne s'agit pour M. Blanquer que de défaire ce qu'ont fait ses prédécesseurs, sans se poser aucunement la question de l'opportunité de procéder ainsi ni surtout de laisser le temps de faire un bilan quelconque de l'intérêt ou des inconvénients de la chose. Une pareille désinvolture est remarquable, mais elle n'est finalement que logique quand on se rappelle que M. Blanquer fut le bras armé de ministres détestés d'un Président de la République pourtant largement blackboulé. Moi qui exprimais des doutes dans un précédent billet où pourtant je souhaitais la bienvenue à notre nouveau ministre, je suis servi ! Nourriture et boissons, serviette et couverts, tout est compris dans le prix.


"Je ne serai pas le ministre de la réforme !" ... "Il n'y aura pas de Loi Blanquer !" ... Évidemment. Ce n'est plus du détricotage, c'est du démantèlement, à la scie circulaire et torche à plasma. Oh, d'accord, j'ai gueulé contre les rythmes scolaires parce qu'il était quasiment impossible de les aménager, et parce que je les pense totalement inadaptés à l'école maternelle et la petite enfance; j'agrée donc pleinement l'idée qu'il soit possible de les ajuster aux contraintes locales, après de saines discussions entre population, Conseils d'école et municipalités. J'applaudis même. Mais je déteste la façon dont ça se fait, surtout entre deux élections, un peu de la retape électorale quoi. Et puis la manière qu'ont certains élus de se précipiter là-dessus comme des morts-de-faim m'indispose. Certains plats ont parfois du mal à passer, la sauce est trop lourde, et on les mange trop vite.

Toujours est-il qu'en fin d'année scolaire faire des annonces de ce genre ne peut provoquer chez les enseignants qu'une vague de crises de foie. Ne pas savoir comment il va falloir préparer la rentrée, ni si les rythmes scolaires vont éventuellement changer, amène chez le petit Directeur que je suis un malaise certain. Ne parlons même pas de mes parents d'élèves ! Ils me posent quotidiennement des questions là-dessus, auxquelles je réponds qu'un "projet de décret" serait présenté au CSE le 8 juin, mais que pour l'instant il n'y a rien de posé nulle part, et que le pauvre fonctionnaire de base que je suis ne peut qu'attendre un décret et les instructions qui suivront. Fin juin? Juillet? C'est sympa pour réunir un Conseil d'école... Bref, sérénité envolée, doute installé, préoccupation, stress... Merci Monsieur le Ministre.

dimanche 28 mai 2017

L'autonomie de l'école, des Free Schools à un modèle français à construire...

La question de "l'autonomie" de l'école est à la mode, suite à quelques déclarations dont n'est pas avare notre nouveau ministre de l’Éducation nationale en attendant les élections législatives. Mais soyons honnêtes, elle est de toute façon dans l'air du temps et d'une imparable logique. Face à l'excessive centralisation du système français, son paradigme injonctif et ses résultats désastreux, on a beau jeu de regarder nos voisins et de constater qu'ils ont depuis belle lurette saisi le problème à bras le corps et adopté des tactiques dont l'objectif premier est de donner aux entités locales le maximum de liberté quant à leurs choix et leurs fonctionnements.

Il faudra un jour que quelque courageux politique sache faire fi et passer outre le désastreux passif anarcho-syndicaliste des enseignants français pour imposer les mesures de liberté qui s'imposent. Quand j'entends l'ahuri gaucho-insoumis en chef, adorateur de Chavez ou de Castro, hurler à la "destruction" de l'école, je rigole après avoir eu très peur lors des présidentielles. Ouf, fini le bonhomme, vu son âge on va bientôt pouvoir le placer et libérer les lieux pour un autre qui n'alliera pas poujadisme et trotskysme.... ni surtout pour l'école un positionnement statique mortifère qui consiste à surtout ne rien faire, quels que soient les besoins d'enfants nés après l'an 2001, dans une ère informatisée en évolution rapide, et qui en rien ne sont concernés par de quelconques nostalgies tant ils ont soif d'apprendre et de devenir des adultes responsables en utilisant nos nouveaux outils extraordinaires.

On peut ne pas aller jusqu'aux "Free schools" anglaises, symboles du libéralisme le plus total mais dans le bon sens du terme à mon avis, dont le bilan reste à tirer car cela ne fait guère que six ans que le système existe. Il s'en est ouvert 250 depuis 2010, et 500 de plus sont attendues d'ici à 2020 :

" (...) Les fondateurs de ces écoles, souvent de simples parents désireux d'innover, décident eux-mêmes de leurs principes de gestion et de pédagogie, en respectant les grandes lignes définies par l'Etat sur le contenu de l'enseignement et les critères d'admission. Libres à eux d'établir le nombre d'heures de cours, de choisir les matières enseignées (la lutte gréco-romaine, le mandarin, le jardinage ou la robotique ont ainsi fait leur apparition), de recruter les enseignants qui leur semblent les mieux adaptés, indépendamment de leurs diplômes (qui peut se plaindre qu'un compositeur reconnu devienne prof de musique ?), d'introduire les MOOC et les iPad ou au contraire de revenir à la plume et à l'encrier. On peut ainsi espérer que, par expérimentation et émulation, les principes les plus efficaces soient progressivement plébiscités, tout en préservant la diversité de l'offre éducative. (...)"

Ces établissements ont une obligation absolue : n’effectuer aucune sélection à l’entrée. Les écoles publiques ont eu la possibilité de faire le même choix, et le nombre d'écoles publiques qui ont choisi de se convertir en unité indépendante - que les anglais appellent academy - est extraordinaire : 50 % des établissements secondaires et une école primaire sur cinq, soit près de 4 500 établissements ! Une révolution qui concerne quelque 3 millions d’élèves...

L'auteur de l'article clame que "(...) Comme l'ont montré plusieurs études, publiées par l'Institute of Education ou Public Exchange, elles se sont développées avant tout dans les quartiers les plus populaires et produisent des effets positifs sur l'ensemble des écoles adjacentes." Je reste dubitatif. Je ne doute pas une seconde que certaines de ces Free Schools sont des entités scolaires remarquables, mais j'ai pour ma part trouvé dans les compte-rendus anglais plus d'interrogations qu'autre chose. Il faudra encore cinq à dix ans pour espérer tirer un bilan honnête. Le temps de l'école - combien de fois cela a-t-il été dit ! - est un temps long, ce n'est qu'à moyen terme qu'on peut espérer des échos positifs ou négatifs. Les anglais auront au moins eu le culot d'essayer.

On peut simplement se pencher sur les réformes scandinaves. Notre système français est notoirement déresponsabilisant. Pourquoi diable continuer à lutter contre l'adversité quand on ne nous en donne ni les moyens, ni la récompense? Il m'est moi-même arrivé de dire "J'arrête, je ne serai pas payé moins cher." devant les obstacles posés sur ma route pour aider un enfant en difficulté : nombre d'élèves, regard institutionnel hostile, temps, énergie, formation... C'est humain. Et malheureusement très logique dans une organisation aussi pyramidale et sclérosée que la nôtre.

Beaucoup d'autres pays ont fait le choix de l'autonomie de leurs "établissements scolaires". Et si je mets des guillemets c'est bien parce que je ne m'arrête pas à ceux qui en ont officiellement en France la dénomination, soit le collège et le lycée. Encore eux-mêmes ne sont-ils autonomes que superficiellement : leurs choix sont limités, leur autonomie pédagogique reste à construire avec des chefs d'établissement pour certains éloignés du réel et du collectif, etc.

Nous ne devons pas nier l'élan qui bouscule notre vieux pays. Un sondage IFOP récent le rappelait:

* 78 % des Français interrogés se prononcent en faveur d’une plus grande autonomie laissée aux enseignants dans le suivi du programme et leur projet pédagogique;
* 71 % des Français interrogés sont favorables à ce que pouvoir soit donné aux chefs d’établissements de recruter leurs équipes enseignantes.

Les français ont soif de liberté et d'autonomie. Ils veulent avoir le choix de leur avenir, et surtout que leurs enfants aient de meilleures chances qu'eux. Ils veulent remettre en marche un ascenseur social qui a été détruit il y a quarante ans. Il est logique qu'ils fassent plus confiance aux enseignants et aux écoles qu'en un État dont ils ne voient depuis si longtemps que les faillites.... et hélas la corruption. Moi aussi je ressens la même pépie: pouvoir travailler au plus près des besoins des élèves de mon école, pouvoir assister chacun au mieux de ses besoins, les accompagner tous sur la route difficile qu'ils empruntent, sans devoir m'en justifier ni quémander ni paperasser...

Du coup moi je "roule pour le MEDEF".

Je deviens soudain un ennemi de classe. Le MEDEF a récemment fait des propositions pour l'enseignement. Je ne dirai rien de ce qui concerne le secondaire, car en toute honnêteté je ne m'y connais pas assez. Je ne voudrais pas non plus faire de procès d'intention, mais je ne doute pas une seconde que mes lecteurs y suppléeront. En revanche, j'agrée totalement et sans aucune retenue à ce qui est préconisé pour le primaire:

Donner des moyens supplémentaires à l’école primaire autour de trois axes :

Confiance envers les enseignants et autonomie des écoles : 
  • accompagner et soutenir les enseignants du primaire (formation, moyens, etc.) et autonomie de décision et d’organisation aux écoles;
  • Innovations : permettre et financer les innovations, qu’elles soient pédagogiques, organisationnelles, techniques;
  • Personnalisation : mettre l’enfant au centre des démarches et adapter les enseignements à sa situation propre.

Que voudriez-vous que j'ajoute à une telle feuille de route ? Tout le monde a beau brailler depuis des années l'importance du primaire, maternelle ou élémentaire, rien ne se passe sinon des mesurettes vite oubliées ou des "grandes réformes" absolument pas concertées ni efficaces, quand elles sont appliquées. La réforme des rythmes scolaires de Vincent Peillon restera dans les annales comme le prototype de la réforme imbécile. Les bons sentiments font les pavés de l'enfer... Allons, je vais être totalement sincère, cette réforme aura au moins eu le mérite de faire travailler ensemble, dans la plupart des communes, des enseignants et des municipalités qui parfois s'ignoraient, parce qu'il fallait bien le créer, ce PEDT. Un comble d'ailleurs, quand on sait à quel point l'intérêt de l'école et celui des élus est le même. Un comble aussi quand on veut bien se rappeler que nos écoles françaises sont des écoles communales. Mais Monsieur le Maire, pour le Directeur d'école, a souvent été "l'ennemi" au même titre il y a un siècle que Monsieur le curé. Certains en sont restés là, qu'ils s'y endorment avec leurs certitudes d'un autre âge.

Pourtant je ne veux - et je ne suis pas seul - que pouvoir travailler dans la sérénité, sans qu'une quelconque épée de Damoclès soit suspendue au-dessus de ma tête. Que connait mon administration des besoins de mes élèves ?

L'autonomie des écoles françaises reste un modèle à construire, loin des vieilles peurs ou des velléités extrémistes. La nécessité est réelle d'objectifs et de contrôle - le mot "évaluation" m'insupporte - car comme je l'ai déjà écrit l'autonomie n'est pas l'indépendance. Le besoin de faire évoluer la notion "d'équipe pédagogique" aussi est une nécessité, on ne peut concevoir un établissement autonome sans que chacun de ceux qui y travaillent élabore et participe au projet commun. Qui voudrait d'une gouvernance incompétente et aveugle ? Comme le dit le chef de tribu dans "La forêt d'émeraude" de John Boorman : "Si moi chef j'exige d'un homme qu'il fasse ce qu'il ne veut pas faire, alors je ne suis plus le chef !".

Mais nous ne pouvons plus désormais nous contenter d'un strict minimum syndical... L'avenir des enfants qui nous sont confiés est trop important pour en faire un enjeu personnel ou politique.

samedi 20 mai 2017

La classe exceptionnelle des PE, la simulation...

Le texte encadrant la Classe exceptionnelle étant paru récemment, il me semble opportun de rappeler ce que pourraient donner les promotions dès cette année. Effectivement il appartiendra aux Recteurs de faire appliquer le texte lorsqu'il auront reçu quelques précisions supplémentaires dont les chiffres exacts du nombre de promotions possibles. Je suppose qu'en ce qui concerne les PE ce seront les DASEN qui s'y colleront. Techniquement, ces promotions devaient être décidées en fin d'année civile 2017, soit au premier trimestre de la prochaine année scolaire, avec effet rétroactif au 1er septembre 2017. Et n'oublions pas que la liste des promouvables sera soumise à une commission paritaire (les erreurs sont toujours possibles).

Qui cela concerne-t-il ? Voici le texte :

Peuvent être promus au grade de professeur des écoles de classe exceptionnelle, au choix, par voie d'inscription (...), les professeurs des écoles qui (...) ont atteint au moins le 3e échelon de la hors-classe et justifient de 8 années de fonctions accomplies dans des conditions d'exercice difficiles ou sur des fonctions particulières (...).

(...) le nombre de promotions au grade de professeur des écoles de classe exceptionnelle est contingenté dans la limite d'un pourcentage appliqué à l'effectif du corps des professeurs des écoles considérés au 31 août de l'année au titre de laquelle sont prononcées les promotions.

(...) Dans la limite de 20 % du nombre des promotions annuelles (...) peuvent également être promus (...), par voie d'inscription au tableau annuel d'avancement, les professeurs des écoles qui, ayant atteint au moins le 6e échelon de la hors-classe, ont fait preuve d'une valeur professionnelle exceptionnelle au regard de l'ensemble de leur carrière.

Nous avons donc 20% de promouvables au titre d'une "valeur professionnelle exceptionnelle" et 80% au titre des fonctions, dont celle de Directeur d'école.

Il est absolument nécessaire de rappeler qu'il sera nécessaire de postuler! Ce sera un arrêté du ministre qui nous en donnera les modalités.

Combien feront partie des élus ? Malheureusement nous n'avons pas les chiffres pour 2017, la DEPP ne les a pas encore fournis. Le nombre total des PE conditionne par exemple le nombre de promus, puisque le pourcentage de promus pour 2017 a été fixé à 1,43 % du total du corps des PE. Je suis donc contraint de vous fournir une simulation avec les chiffres de 2016 qui ont d'ailleurs servi aux discussions du PPCR avec les syndicats. La voici, et vous pouvez cliquer dessus pour l'agrandir :


Comme vous le constatez, ce ne sont pas moins de 4000 PE qui seront promus au titre des fonctions, soit tout de même 25 % des promouvables, et près de 1000 au titre du parcours soit 80 % des éligibles, donc en tout près de 5000 PE qui quitteront la hors-classe pour la classe exceptionnelle. Je trouve ce chiffre assez remarquable.

Bien entendu les chiffres réels de 2017 ne seront pas les mêmes, mais l'ordre d'idée devrait être similaire.

jeudi 18 mai 2017

Souhaits de bienvenue et PDMQDC...

Le GDiD l'ayant fait ce matin, je ne peux me soustraire à une obligation somme toute agréable, celle de souhaiter la bienvenue à notre nouveau ministre. Je lui ferai d'emblée un compliment, et aussi un reproche.

Tout d'abord nous avons pour une fois - enfin ! - la chance de voir nommé à ce poste important un vrai connaisseur de l'école, qui fut Directeur adjoint du cabinet de Gilles de Robien, recteur, Dgesco sous Chatel. C'est assez exceptionnel de voir à la tête de ce ministère quelqu'un qui en connait les soubassements, les caves et les greniers, comme aussi les défauts de structure. Je me joins au GDiD dans l'espoir de voir prochainement aboutir d'une façon ou d'une autre le dossier des Directeurs d'école.

Mais je peux aussi reprocher à M. Blanquer d'avoir été Directeur de cabinet, recteur, Dgesco... On ne peut pas dire ni écrire qu'il nous ait laissé le meilleur souvenir de ses passages. La fâcheuse période Sarkozy a laissé dans ma mémoire quelques épisodes nauséabonds qui nous ont marqués au fer rouge. Il va falloir à notre ministre un joli talent pour nous convaincre aujourd'hui de sa bonne volonté comme de sa bonne foi. Si j'ajoute une certaine manie "évaluationniste" (et pan dans ton "pédagogisme") chronophage, énergivore, dispendieuse et surtout parfaitement inutile, qu'on veut nous faire passer comme une avancée scientifique majeure, je trouve hélas d'emblée le portrait peu flatteur.

D'autant que les prémices de sa nomination n'augurent pas forcément un avenir radieux. Tiens, ne serait-ce que si je prends le dispositif "Plus de maîtres que de classes." qui a peine débuté devrait se voir éradiqué pour mettre en place l'idée idiote de dédoubler les classes de CP et CE1 dans "les secteurs difficiles" (cet aphorisme me fait toujours rigoler). Il serait séant d'expliquer à Messieurs Macron et Blanquer que si effectivement travailler avec un nombre restreint d'enfants en lecture et en maths est un bienfait, cela n'a pas en revanche beaucoup de sens pour le reste du temps scolaire... Allez faire de l'EPS avec douze gosses, tiens, ce sera certainement passionnant. Une bonne sieste, peut-être... Il serait infiniment plus profitable à l'école d'en laisser les Directeurs gérer un dispositif PDMQDC renforcé, qui pourrait utilement profiter aux élèves d'autres niveaux, et ne dédoubler les classes qu'à certains moments judicieusement choisis par le compétent Directeur d'école.

Ceci d'ailleurs apporte de l'eau à mon moulin: il serait temps que ce ministère et que l’État laisse des Directeurs d'école reconnus gérer ce genre de chose à leur place, sans injonction superflue ni contrôle institutionnel castrateur. Pour cela, bien entendu, il faut de vrais Directeurs chefs de leur établissement, libres d'en répartir au plus grand bénéfice de leurs élèves les moyens adaptés aux conditions territoriales qu'ils connaissent, avec un pilotage administratif léger. Oui, c'est mon laïus habituel, mais c'est pour ça que j'écris ici!

Bref, Monsieur le Ministre, soyez le bienvenu. Mais croyez bien que même si nous avons un certain espoir nous serons pour le moins tout de même attentifs. Car nous avons trop subi pour oublier si facilement...

vendredi 12 mai 2017

Emmanuel Macron, fruit de l'internet ?

Je vais pour une fois sortir de mon laïus habituel sur les Directeurs d'école pour partager avec vous une interrogation qui m'est venue: l'élection d'Emmanuel Macron à la magistrature suprême de notre pays n'est-elle pas le fruit de l'internet?

Nos politiciens habituels sont dépassés par les évènements, et ne comprennent pas ce qui s'est passé. Les médias non plus d'ailleurs. On évoque le rejet des vieilles habitudes, le dégoût de la corruption... mais personne n'évoque le fait que pour la première fois dans notre histoire une élection majeure s'est déroulée sur le réseau.

Nos élus et gouvernants ont tous élaboré leur cursus politique d'une façon simple et fort traditionnelle: grandes écoles qui permettent de se constituer un premier réseau de connaissance et d'influence, emplois subalternes auprès d'anciens chevronnés qui à leur tour introduisent les impétrants dans une nuée de nouvelles relations, etc. Ce système millénaire n'a jamais pu que constituer une caste réduite d'hommes - et quelques femmes - dont le destin était de prendre un jour les rênes du pouvoir.

Emmanuel Macron a suivi ce même cursus. Mais sa jeunesse lui a également permis de prendre à bras-le-corps tout ce que la technique nous a offert ces dernières années comme outils extraordinaires de communication, pour mobiliser à travers tout le pays une armée de petites mains convaincues qu'il est aujourd'hui facile de briefer et d'informer en temps réel. Tout a été mis à contribution: courrier électronique, réseaux sociaux, téléphonie, SMS... de manière totalement maîtrisée.

Il est de même aujourd'hui aisé pour un citoyen lambda de comparer programmes, discours, de regarder la prestation de l'un sur Youtube, les bourdes d'un autre ailleurs, et d'en discuter avec autrui. Parfois sans bienveillance, car les approximations et les mensonges qui autrefois passaient comme une lettre à la poste sont aujourd'hui scrutés, dénoncés, vilipendés. Avec vigueur voire avec colère. La vitesse à laquelle les histoires d'emploi parlementaire fictif et de costume à six mille euros se sont propagées en sont un bon exemple.

Je crois que c'est une démarche différente et nouvelle dont les "ténors" plus âgés de gauche comme de droite n'ont pas su comprendre l'importance, sauf peut-être Jean-Luc Mélenchon qui lui doit à mon sens une bonne partie de son électorat. Nous observons certainement une extinction massive de dinosaures politiques, et l'apparition d'une nouvelle espèce dominante: l'homo communicatus.

L'élection d'Emmanuel Macron comme Président de la République est-elle donc un premier fruit de l'internet? Je le pense. Comme je pense que l'âge de l'intelligence artificielle dans lequel nous sommes récemment entrés n'a pas fini de changer notre perception du monde comme notre façon de vivre.