Articles

Affichage des articles du août, 2012

Les directeurs d'école n'existent pas, M. le Ministre?

Lisant avec allégresse (si!) le "dossier de rentrée" long comme un jour sans pain que nous livre M. Peillon, ci-devant Ministre de l’Éducation Nationale, j'y découvre ces lignes ahurissantes:
Le travail en équipe doit être encouragé. C’est notamment ainsi que les équipes pédagogiques s’attacheront à confier le cours préparatoire à des professeurs volontaires dotés d’une expérience d’enseignement.
Il faut croire que M. le Ministre, soit ignore les textes qui régissant le fonctionnement des écoles françaises, soit omet volontairement de nommer les directeurs d'école... et je penche pour cette seconde option!
Je vous rappelle, M. le Ministre, que c'est le directeur d'école, celui dont vous évitez sciemment de parler, qui répartit les classes dans une école après avis du Conseil des maîtres, et non une quelconque et inexistante "équipe pédagogique":
Circulaire du 14 janvier 1930.
Décret n° 89.122 du 24 février 1989.
Circulaire n° 81.379 du 07 octobre 198…

Repères et références statistiques...

L'édition 2012 des RERS (Repères Et Références Statistiques) est parue! Ce document édité par la DEPP, le service des études du ministère de l’éducation nationale, est l'annuaire statistique de référence sur l'école. Il est fiable et contient une foule de renseignements aisés à déchiffrer, et généralement extrêmement édifiants.
C'est ainsi que l'on apprend qu'il y a en France 915251 enseignants (privé et public) et 68766 aides-éducateurs ou assistants d'éducation, pour... 178566 administratifs! Soit tout de même 19,5 %. Faut-il vraiment en France une personne à temps plein pour gérer 4 enseignants? Il y a là un réservoir d'économies qui permettrait d'augmenter sans difficulté le nombre d'enseignants sur le terrain sans gonfler le budget de l’Éducation Nationale.
Ce document ne donne évidemment pas le nombre d'employés de la Fonction Publique Territoriale qui s'occupent des écoles, mais le chiffre serait certainement fort édifiant. Si on…

Une nouvelle architecture pour l'école...

M. Jean-Claude Carle, à l'époque vice-président du Sénat, avait déposé le 21 juin 2011 un rapport d'information fait au nom de la "Mission commune d'information sur le système scolaire". M. Carle y prône "l'école du socle commun", que pour ma part je dénonce comme une dangereuse utopie qui donnerait à l'école de notre Nation un ultime coup de poignard. L'idée de mettre les écoles primaires à la solde des principaux de collège, qui n'y pannent que couic, me semble le comble de l'absurdité! Faire l'inverse aurait plus de sens.
En revanche, M. Carle, en ce qui concerne la direction d'école, voit clairement ce qui coince à notre niveau d'enseignement. Le constat comme la solution sont clairvoyants.
En voici en extrait:

La question du pilotage local de la politique éducative est cruciale tant pour la réussite de la réforme entreprise que pour l'avenir à plus long terme de l'accroissement des performances, de l'équi…

Direction d'école et gouvernance démocratique...

La Direction Générale de l'Enseignement Scolaire (DGESCO) a demandé à son conseil scientifique un rapport sur le "climat scolaire", entendez le climat qui règne dans les écoles, et les moyens de l'améliorer.
La raison en est simple, et le groupe de chercheurs qui a travaillé sur ce rapport sous la direction d'Eric Debarbieux l'expose clairement dans son préambule:
Le lien très fort entre « climat scolaire », qualité des apprentissages, réussite scolaire et victimation à l’école est largement établi par la recherche. Travailler sur la notion de « climat scolaire » est donc bien travailler sur des questions touchant à la construction et à la transmission des connaissances, ce n’est pas un simple ajout plus ou moins utile aux missions « fondamentales » de l’école.
Le rapport qui vient de sortir montre les enjeux liés à la qualité de ce climat: il insiste fortement sur la formation des personnels et la stabilité des équipes, réclame l'approfondissement des r…

...disponible, compétent, reconnu, valorisé et soutenu...

Un Charentais, patron d’une PME multiservices a mis sur le tapis ce que, peu à peu, j’avais perçu comme le fonds de toute réussite de collectivité organisée. - Une école ouverte, terrain fertile pour un enseignement efficace et pour des rénovations bien admises, a besoin d’une équipe solide. Chacun de ses membres doit avoir reçu une formation qui le prépare à cette interaction communautaire. Il doit bien saisir tous les paramètres intérieurs et extérieurs qui influent sur la vie d’un établissement scolaire. Monde protégé, certes, mais pas imperméable ni étranger à son environnement. Il a insisté sur la direction d’école devenue si administrée. - Une équipe pédagogique, comme tout groupe organisé, a besoin d’un animateur disponible, compétent, reconnu, valorisé et soutenu. De fait, la direction est l’axe de l’institution. Sa défaillance n’entraîne pas celle de l’établissement mais compromet sa cohésion. Un responsable d’école est amené à réagir rapidement et efficacement aux aléas nombreux…

La différence entre Carrefour et l'Education Nationale...

La société Carrefour va baisser les effectifs de ses cadres du siège de 8%. La maison a compris que si ça va mal, c'est la faute de ceux qui ne mettent jamais les mains dans le cambouis, et que ceux qui comptent sont les trimards sur le terrain... ou plutôt sur le carrelage.
Quand l’Éducation Nationale se décidera-t-elle à faire de même, et à virer 8% de ses chefs, sur-chefs et co-chefs de la rue de Grenelle et des rectorats qui précipitent la maison dans le marasme et l'incompétence? Pourtant, depuis le nombre d'années qu'on veut nous convaincre de "manager" l’Éducation Nationale comme une entreprise...

La "graaaaande concertation", foire aux bestiaux...

J'ai déjà ici-même plusieurs fois exprimé mes doutes, pour ne pas dire plus, quant à la "concertation" voulue et impulsée par M. Peillon, récent ministre de l’Éducation Nationale. Dans un article sur Educavox, M. Frackowiak, bien connu de mes lecteurs, exprime également sa perplexité. Le témoignage est plus qu'intéressant car il vient de l'intérieur de cette pseudo "concertation" -Dieu, que je déteste ce mot!-. Voici un premier extrait:
Tout le monde semble d’accord, aujourd’hui, sur la nécessité d’une refondation de l’école. Pourtant, une bonne proportion des intervenants dans les différents groupes défend vigoureusement de fait le maintien du système en l’état, ou le retour au système antérieur à 2005/2007, en l’améliorant aux marges, en le corrigeant, en le dépoussiérant formellement, en lui restituant les moyens qui ont été supprimés massivement au cours des années passées. 
Dans certains débats, on en viendrait à se demander si l’on parle encore de…

Le four et le moulin...

Ma grand-mère le disait, pourtant:
"On ne peut être à la fois au four et au moulin, la farine est gâtée et on brûle son pain!"
C'est pourtant bien ce que font les directeurs d'école aujourd'hui. Et comme de juste, c'est quotidiennement que les choix que nous faisons sont au détriment de l'un ou de l'autre. Vaut-il mieux laisser sa classe à vau-l'eau, ou gérer sa direction par dessus l'épaule? Car autant il y a seulement trente ans faire les deux était possible sans aucun souci, autant aujourd'hui l'enseignement et la direction d'école sont deux métiers différents. Il faut dire qu'on ne demandait pas à l'époque à un instituteur de faire de l'histoire de l'art à ses élèves tout en leur apprenant à traverser la rue et à utiliser internet, tout cela bien évidemment abondamment "évalué" lors de grand-messes normées par le ministère. Il faut dire qu'on ne demandait pas à l'époque à un directeur d'éc…

... en attendant...

M. Rémi Delatte, député de Côte d'Or, a posé le 7 août dernier une question à M. le Ministre de l’Éducation Nationale:
M. Rémi Delatte attire l'attention de M. le ministre de l'éducation nationale sur la situation des salariés en CUI recrutés sur les emplois de vie scolaire dans l'éducation nationale en lien avec l'aide administrative aux directeurs d'écoles. Le Gouvernement a annoncé dès sa prise de fonction le renouvellement de 15 000 contrats aidés à la rentrée 2012, avec le principe du réemploi des salariés occupants ce type de contrat et n'ayant pas atteint la durée maximale juridique des 24 mois. Or on constate que, malgré cette décision, beaucoup d'ayants droit sont écartés systématiquement du réemploi, ce qui ne fait qu'aggraver leur situation déjà précaire. Les EVS occupent diverses fonctions dans l'éducation nationale (assistance handicap, aide administrative, aide à la surveillance...). S'il est normal de maintenir à un haut nivea…

La réalité du directeur d'école... (MAJ: 11/12/2013)

Image
Attention! Nouveau tableau ici (11 décembre 2013)
Pourquoi réclamer un statut particulier pour les directeurs des écoles publiques de France?
Il faut comprendre qu'aujourd'hui comme il y a un siècle les directeurs d'école ne sont que des enseignants qui ont accepté d'assumer une mission supplémentaire; ils ne sont rien d'autre, et en aucun cas les chefs de quiconque ou les supérieurs hiérarchiques de leurs collègues. Juridiquement, les directeurs d'école ne sont rien, leur signature ne vaut rien, même si dans l'esprit des français le directeur d'école a une aura particulière. Ou du moins... avait...
Parce que la mission de direction d'école a beaucoup changé en un siècle. Là où l' État ne réclamait qu'une gestion sommaire des écoles, aujourd'hui il a donné aux directeurs d'école une phénoménale responsabilité, tant dans l'accueil des familles qu'en terme de sécurité, ou d’administration. Le directeur d'école de 2012 est r…

Est-ce bien nécessaire?

Le Journal Officiel du 11 août dernier nous apprend que M. Peillon crée par arrêté 100 nouveaux postes d’Administrateur de l’Éducation Nationale d'ici septembre 2014. Est-ce bien nécessaire? L’administration de ce ministère pléthorique croule déjà sous le nombre des "bureliers", comme disait Zézette. Faut-il vraiment en ajouter d'autres?
Le site du ministère nous apprend que les administrateurs de l'Éducation nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche (AENESR) exercent des fonctions- impliquant un haut niveau de qualification- d’animation, de coordination, d’expertise ou de conseil au sein de l’administration centrale, dans les services à compétence nationale, dans les services déconcentrés ainsi que dans les établissements publics à caractère administratif ou scientifique, culturel et professionnel, y compris dans les EPLE.
Bref, voilà encore de hauts fonctionnaires qui vont abreuver le terrain de prose indigeste, de recommandations funestes, …

Oubliés de la République?

Il est amusant de voir certains tourner autour du pot, souvent de plus de façon maladroite.
Olivier Caremelle signe chez Educavox un billet, daté du 16 août 2012, dans lequel fort justement il réclame, au nom des communes, un statut juridique pour l'école primaire:
Trente ans après les premières lois de décentralisation, il est temps d’entamer un nouveau virage en évitant de faux débats. Nos écoles ont moins besoin d’un statut juridique que de politiques éducatives locales et en premier lieu celles des communes et des départements.
M. Caremelle a raison. Mais ce qui est comique, c'est que M. Caremelle manifestement ne voit pas qu'un  tel statut implique que les directeurs d'école aussi aient un véritable statut, différent de celui de leurs adjoints. A peine effleure-t-il le sujet en fin de billet, presque à contrecoeur:
Enfin, il paraîtrait normal d’accorder aux directions d’écoles pour leur engagement au quotidien, pour leur travail et leur compétence au sein des é…

La "Gauche" va-t-elle créer un statut pour les directeurs d'école?

La réponse est bien évidemment "non". Vincent Peillon l'a clairement exprimé récemment, et déjà en juillet 2011 Bruno Julliard, à l'époque Secrétaire Général du PS en charge de l'éducation et aujourd'hui conseiller auprès du ministre de l'Éducation nationale, l'exprimait tout aussi nettement au micro lors d'un intéressant débat organisé par aufeminin.com:
Pour être très direct, je ne crois pas que la question du pouvoir ou de l’augmentation du pouvoir des directeurs d’école, encore moins la création d’un établissement public d’enseignement autonome soient une priorité. D’abord parce que c’est coûteux, ensuite parce qu’on a probablement d’autres chantiers prioritaires qui vont mobiliser et de l’engagement politique et de l’engagement économique. En revanche, il y a 3 sujets qui doivent être traités dans la gouvernance :  - Accorder plus de pouvoir d’agir aux équipes éducatives, aux enseignants dans les écoles primaires, quand on met en place la po…

Comment les syndicats vont tuer l'école...

Certains syndicaux profondément sclérosés -par une vision post-communiste et illusoire d'une école autogérée-, je veux dire ceux affiliés à la FSU, refusent obstinément de voir que les directeurs d'école font aujourd'hui un métier différent de celui de leurs adjoints, et n'admettent pas l'idée d'un statut qui les en différencierait. Soit. Mais ce refus enfonce chaque jour un peu plus l'école française dans la mouise, et porte dans ses bagages une menace beaucoup plus insidieuse et violente, menace qui se précise quotidiennement, et annonce la mort de l'école telle que nous la connaissons. Cette menace porte plusieurs noms, et c'est le sénateur Jean-Claude Carle qui l'a le mieux définie dans son rapport d'information du 21 juin 2011. Certes, me direz-vous, les élections présidentielles sont passées par là. Le problème est que la proposition avancée par M. Carle est simple à mettre en œuvre, économique, et surtout soutenue par des élus de tou…

L' Article 35 ...

Non, ce n'est pas du Courteline. Quoique...
Article 35 de la loi n° 2005-380 du 23 avril 2005 :
Après la première phrase de l'article L. 411-1 du code de l'éducation, il est inséré une phrase ainsi rédigée :
« Un décret en Conseil d'Etat fixe les conditions de recrutement, de formation et d'exercice des fonctions spécifiques des directeurs d'école maternelle et élémentaire. »
Jamais le décret du Conseil d'Etat n'a été rédigé. Sept ans de retard...

Purgon et Diafoirus ...

Assemblée Nationale, 3ème séance du 17 février 2005...
M. le président: - La parole est à M. Pierre-Christophe Baguet, pour soutenir l’amendement n°226. 
M. Pierre-Christophe Baguet: - Cet amendement est très important. Aujourd’hui, 4 000 postes de directeur d’école élémentaire sur 60 000, soit 15 %, ne sont pas pourvus. Cette situation résulte non d’un manque de volonté ou de motivation des enseignants, mais de la complexité de la charge, qui s’est amplifiée année après année. On demande en effet aux directeurs d’école d’assurer le suivi de travaux administratifs de plus en plus lourds, de s’occuper des relations avec les collectivités territoriales ou avec la hiérarchie, de répondre aux problèmes de sécurité, qu’elle soit physique, morale ou alimentaire, de prévoir des exceptions dans l’alimentation... Bref, ils sont en permanence au four et au moulin, sans même bénéficier en retour d’une reconnaissance de leur métier ni recevoir une formation adaptée. En outre, les décharges d’ensei…

Quelles perspectives pour les directeurs d'école ?

Une note de synthèse de l'Inspection Générale de l’Éducation Nationale, datée de juillet 2011, pointe du doigt de façon claire l'obstacle que constitue aujourd'hui pour l'évolution de l'école l'absence de statut des directeurs d'école. J'espère que M. Peillon, notre nouveau ministre, aura fait de ce texte, comme d'autres qui dénoncent la même aberration, sa lecture de chevet. Mais je ne me fais aucune illusion, et tel Saint Thomas je demande à voir pour croire. Et je ne me contenterai pas de vagues promesses. J'en suis même aujourd'hui à me demander s'il ne serait pas nécessaire de taper du poing sur la table...
Voici une partie de cette note de synthèse:
Débattue depuis plusieurs années, notamment à travers plusieurs rapports importants, la question des capacités d’initiative et d’autonomie de l’école est à nouveau posée. Elle conduit à envisager la mise en place d’un statut pour l’école et une nouvelle définition de l’emploi de directe…

"Refondation" de l'école: quelques contributions ... (MAJ: 13 août)

Je ne crois pas une seconde à l'utilité de la fameuse concertation menée pendant ces vacances à l'instigation de notre nouveau ministre de l' Éducation Nationale Vincent Peillon, je l'ai déjà écrit sur ce blog. Pire, je pense qu'il ne s'agit que d'un écran de fumée destiné à noyer le poisson (jolie image, non?) et à donner un gage démocratique à tous ceux qui -pourtant pour la plupart avec sincérité- réclament une rénovation du système scolaire français.

D'autant que si on se réfère aux déclarations les plus récentes de notre agrégé de philosophie de ministre (études et compétences qui donnent toutes les armes nécessaires à un enfumage de qualité), nous autres directeurs d'école pouvons toujours nous brosser et rester otages de notre lourde et incompétente hiérarchie.

J'aimerais me tromper. Mais ma longue carrière m'incite à rester méfiant devant les manœuvres politiciennes. Néanmoins, je dois souligner que parmi les contributions des inter…

Quelle direction pour l’école du XXIe siècle ?

En 2010, M. Frédéric Reiss, député du Bas-Rhin, remet à M. le ministre de l’Éducation Nationale un rapport qui fait beaucoup de bruit dans les écoles. Ce rapport, dont le bilan sans faille reste aussi cruel aujourd'hui qu'il était il y a deux ans, pointe de façon exemplaire le rôle primordial des directeurs d'école dans le fonctionnement d'une école et la réussite des élèves, comme l'absurdité de leur situation présente. En voici quelques extraits:
Tout individu a prononcé, prononce ou prononcera la phrase suivante : « Je veux parler au directeur ! ». 
Quand on rencontre un problème avec une administration, une entreprise, une association, une réaction raisonnable est certes de vouloir s’adresser à un responsable et, dans les cas où l’on ne connaît pas son titre, de faire usage du terme générique : directeur. A ce mot, sont en effet associés un certain prestige, une certaine distance, en tous les cas la capacité de prendre les décisions qui s’imposen…