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Affichage des articles du novembre, 2012

Le dirlo en a plein le dos...

J'ai eu une journée épouvantable.
Si vous êtes directeur d'école, vous savez ce que ça veut dire: élèves odieux qui en plus bâclent leur boulot, joyeusetés diverses, une ATSEM malade, coups de téléphone intempestifs, l'ordinateur du bureau qui rame comme un numide sur une trirème, un enfant qui vomit sur mes chaussures, rien ne fonctionne, tout va de travers, mal à la tête, mal dans le dos... Je finis avec une féroce envie de mordre le premier qui passe à ma portée.
Du coup, je me tourne avec une certaine colère contre mes collègues. Pas ceux de mon école, non, les collègues "en général", dindons et autres volatiles qui mériteraient pour la plupart qu'on les tire comme des palombes depuis une oueytte.
Ah ils sont jolis les professeurs des écoles, ils frétillent de bonheur avec leurs pétitions ridicules, degré zéro de l'action revendicative. Les syndicats doivent bien se marrer. Moi ça ne m'amuse pas. Pourquoi? Parce qu'ils mélangent tout et n'…

Le patron change... les idées aussi ?

Ainsi donc M. Jean-Paul Delahaye est devenu le nouveau Directeur Général de l'enseignement scolaire (DGESCO). Il remplace à ce poste M. Blanquer, qui y était depuis 2009. Disons-le tout net, M. Blanquer n'a pas démérité: fidèle serviteur de l’État, M. Blanquer a vigoureusement fait ce qu'on lui demandait de faire et appliqué ce qu'on lui demandait d'appliquer. A défaut de discernement, il y avait là de la loyauté. Soit...
On ne peut tout de même nier que cette nomination de M. Delahaye fait passer entre mes épaules un agréable souffle d'air frais. J'ai souligné dans un précédent billet à quel point il était nécessaire de nettoyer les écuries d'Augias qu'est ce ministère de l’éducation nationale aux effectifs pléthoriques et à la bureaucratie délirante. Le ménage a commencé, j'en rends grâce à M. Peillon. D'autant que M. Delahaye a tout pour me plaire. D'origine très modeste, M. Delahaye a gravi tous les étages de l'ascenseur républi…

Le report de la réforme des rythmes scolaires, ce n'est pas une bonne chose...

Dans un discours prononcé devant l'Association des maires de France (AMF), François Hollande a entériné mardi le report partiel de la réforme des rythmes scolaires à 2014. Elle «s'étalera sur deux ans», a annoncé le chef de l’État, et ne se fera en 2013 que pour les communes volontaires. «Les autres prendront le temps nécessaire pour que nous puissions réussir cette réforme», a ajouté François Hollande.
Les communes qui dès 2013 reviendront à la semaine de quatre jours et demi de classe, et qui en auront le plus besoin, à savoir «les communes rurales et les communes les plus en difficulté», pourront bénéficier d'une aide (il y aura un fonds de 250 millions d'euros), a déclaré le Président de la République, en réponse aux demandes des collectivités locales.
L'AMF se félicite de cette décision. Je comprends l'AMF. Mais cette décision pose deux problèmes graves.
Interrogé le 8 novembre dernier à l'Assemblée nationale sur un report de la réforme à 2014, Vincen…

De l'enthousiasme à la souffrance...

J'ai débuté dans la fonction de directeur d'école un peu par hasard, à l'occasion d'une fermeture de poste, après avoir parcouru pendant vingt ans tout l'éventail de ce qu'il était possible de faire à l'époque en étant instituteur, et avoir connu tous les niveaux d'enseignement. J'avais un peu de peur au ventre -saurai-je le faire?- et certainement beaucoup d'enthousiasme.
Il faut dire que je prenais la suite d'un bon camarade, pour lequel j'avais beaucoup d'estime, au sein d'un équipe d'enseignants volontaires et qui savaient ce que "se serrer les coudes" voulait dire. Le collègue avait largement tracé la voie, et les projets que j'avais en tête ne demandaient qu'à s'épanouir. Ils le firent, sans gros obstacle, et durant deux ans ce furent des temps de forte implication, certes, mais nous savions que nous travaillions pour le bien de nos élèves, et les succès que nous rencontrions n'étaient que le …

Soyez les bienvenus !

Le Confort Intellectuel est devenu un blog collectif, ouvert à tous ceux qui veulent écrire sur la direction d'école, mais dont chaque billet passe sous mes fourches caudines! Les billets peuvent être signés -ce que je recommande-, ou non. Mais ils devront respecter les limites de la bienséance, et si je n'exclus aucune diatribe bien exprimée et surtout juste dans son argumentation, je n'admettrai néanmoins aucun billet diffamatoire, grossier, outrancier, ou... anonyme. Oui, au moins par devers moi vous devrez vous faire connaître, même si vous souhaitez ne pas signer votre article. Je vous promets de respecter votre désir d'anonymat si vous l'exprimez clairement. Je ne garantis pas non plus la parution de votre billet, encore faut-il qu'il me convienne, et convienne au propos de ce blog. Mais je ferai de mon mieux, tant que notre objectif commun restera la reconnaissance effective du travail et de la mission des directeurs d'école.
Vous pouvez me joindre s…

Améliorer la direction des établissements scolaires...

En 2007, l'OCDE effectua une enquête dans vingt-deux pays sur le thème "Améliorer la direction des établissements scolaires", dont le rapport final est disponible ici. Le rapport français fut rédigé par Jean-Pierre Obin, Inspecteur général de l'éducation nationale. Je ne pourrais le citer en entier, mais en voici un long extrait qui nous concerne et nous intéresse particulièrement:
"Au-delà des différences réelles entre les métiers de directeur d’école primaire et de chef d’établissement secondaire, un même sentiment de malaise rapproche depuis quelques années ces deux catégories de responsables locaux de l’éducation : l’impression, largement partagée dans les deux professions, d’une accumulation de tâches nouvelles s’ajoutant aux anciennes, dans le cadre d’un environnement social ne cessant de se dégrader ; le sentiment aussi de ne plus pouvoir faire face à la fois aux attentes sociales et aux demandes de l’institution et, surtout, de ne plus pouvoir se consacr…

Le sac de nœuds du ministre...

A vouloir trop bien faire, M. Peillon, ministre de l’Éducation nationale, se retrouve aujourd'hui avec un inextricable sac de nœuds. Effectivement, M. Peillon a voulu connaître l'opinion de tous au sujet de l'école française, au travers des discussions de la Concertation qu'il avait lancée l'été dernier. Lorsqu'on interroge les professionnels, les chercheurs et la société civile, il est évident qu'on se retrouve au sein d'intérêts parfaitement divergents. Et c'est ainsi qu'en cette mi-novembre M. le Ministre réalise que chacun y va de son couplet égoïste et revendicatif, à grand renfort de diktats et d'ultimatums, qu'il s'agisse des syndicats d'enseignants, de députés, de professionnels du tourisme, de représentants des municipalités... chacun d'ailleurs n'ayant pas forcément tort de défendre son bifteck!
Il faut dire que M. Peillon n'a pas la partie facile. Sincèrement convaincu -à raison- que l'école publique n…

L'école primaire sous la coupe du collège, le retour...

Le ministre de l’Éducation nationale, entouré de son cabinet, a présidé lundi 12 novembre une longue séance de négociation multilatérale sur le projet de loi d'orientation pour l'école. Un document a été distribué aux organisations syndicales, mais a été aussi repris en fin de séance.
Je cite:
Concernant la liaison école-collège, le texte proposait d'ajouter un article disant que pour assurer la continuité pédagogique entre ces deux niveaux d'enseignement, chaque collège et les écoles devaient déterminer conjointement des modalités de coopération et d'échanges inscrites dans le projet d'établissement du collège et les projets d'école.
Il développait ensuite longuement la nature d'une expérimentation allant très loin : un regroupement scolaire procédant d'une convention (répartition des élèves dans les locaux du collège et des écoles, organisation des contributions de fonctionnement des mairies, départements et EPLE...). Un conseil pédagogique commun s…

Protocole, le retour...

J'explique ici depuis des mois que l' "aide personnalisée aux élèves en difficulté" est une imbécilité. Elle est parfaitement inefficace, tous les rapports le disent. Elle allonge la journée de classe des élèves les plus faibles, ce qui est une aberration. Elle stigmatise les élèves en question, ce qui est parfaitement contraire à toute équité. En maternelle, elle est d'une totale absurdité. Bref, ce dispositif monstrueux ne sert à rien, il n'est que le fruit incestueux de relations contre nature entre un ministre et un syndicat d'enseignants, et n'a jamais servi qu'à supprimer les heures de cours du samedi matin.
A l'époque, en 1986, le SE-Unsa, puisque c'est de lui qu'il s'agit, fut l'instigateur du dispositif. Il le payera très cher lors des élections professionnelles qui suivront, la majorité des enseignants considérant le protocole signé avec le ministre comme une forfaiture. Ce fut mon cas, et je ne l'ai toujours pas…

L'homme aux deux visages...

Saviez-vous que les directeurs d'école portaient une "deerstalker" ? C'est une casquette à la Sherlock Holmes, avec deux côtés et deux visières, elle est fournie gratuitement par l'administration lorsque vous devenez directeur d'école. D'un côté il est marqué "Enseignant", et de l'autre côté "Directeur", et selon le moment et le rôle que vous tenez vous devez tourner la casquette du bon côté, ce qui occasionne pendant la journée de rigolos tournoiements de casquette...
Je plaisante, bien entendu: jamais l’administration ne nous fournirait un tel accessoire gratuitement.
Depuis que je suis directeur d'école, et ça commence à faire un bout de temps, je me suis toujours perçu comme le dieu romain Janus, gardien des clés de l'école, avec deux visages opposés l'un tourné vers mes élèves et l'autre vers le bureau du directeur d'école. Afin de conserver un minimum d'efficacité pour mon travail avec mes élèves, qui…

Harcèlement chez les profs...

J'ai découvert par hasard une étude remarquable de Daniel Arnaud consacrée à ce qu'il appelle les "Sévices publics" -ce sera le titre de son ouvrage une fois publié-, c'est à dire au harcèlement dans la fonction publique d'éducation.
Daniel Arnaud en publie les bonnes feuilles sur son blog. Autant vous le dire tout de suite, son enquête n'a rien de drôle. Mais connaissant le système de l'intérieur, je peux en garantir la véracité. En trente et quelques années de métier, j'ai rencontré nombre de cas qu'il relate. Et le système est bien tel qu'il le décrit.
Un extrait qui fait peur:
Le BO n° 10 du 8 mars 2007 prévoit que la victime d’un harcèlement doit saisir sa hiérarchie : « L’agent doit informer son supérieur hiérarchique des comportements dont il estime être victime afin d’obtenir qu’il y soit mis fin. Il saisit l’échelon hiérarchique supérieur si le harceleur présumé est son supérieur hiérarchique direct. » 

Or, nous avons vu que le fon…