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Affichage des articles du mars, 2013

Joyeuses Pâques, mes agneaux...

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Beaucoup d'enseignants de l'école publique se disent athées, ou tout du moins agnostiques. Une tradition remontant je le suppose à la formation républicaine forte des "écoles normales" créées au 19ème siècle. Pagnol en a très bien parlé, de cette formation qui récusait religion et clergé mais en adoptait toutes les formes et les croyances. Le 20ème siècle en fut même cinglant de drôlerie quand le milieu enseignant suivait avec autant de fanatisme la doxa syndicale et politique de gauche que le clergé des siècles précédents pouvait en apporter à la direction morale de ses propres ouailles.
Les fêtes de Pâques sont des fêtes religieuses. Ce qui n'interdit nullement aux enseignants d'apprécier cette pause de début de printemps. J'avoue que la semaine qui vient de passer et que j'ai évoquée dans mon précédent billet m'a fait accueillir avec soulagement ces quelques jours de repos. J'ai sérieusement besoin de reprendre mes esprits avant de remettr…

Sale semaine...

Il y a chaque année scolaire au moins une "sale semaine" pour les directeurs d'école. C'est la semaine où tout va mal, où rien ne fonctionne, où tout vous claque entre les doigts, où vous êtes au four et au moulin et que courir dans tous les sens n'amène rien de bon.
Pour moi, cette année, c'est cette semaine ci. J'appréhendais un peu par avance, car les hasards du calendrier ont fait que se sont accumulées une ou deux réunions quotidiennes, en plus bien entendu de mes six heures de classes. Je l'ai senti dès lundi matin: réveil à cinq heures avec fièvre, toux... Bon, on y va quand même, hein. Vous connaissez: vous avez beau être malade, c'est LA semaine où vous ne pouvez pas vous le permettre.
Faire classe avec de la fièvre, ce n'est pas extra, mais les Grandes sections à cette époque de l'année ont bien grandi, et savent ce que travailler veut dire, ce qui vous libère un peu. Si seulement mes Moyennes sections ne se tapaient, griffaient…

Non mais ça va pas la tête ?

Certaines réactions à mon précédent billet, qui me sont parvenues, me sidèrent! Que certains aient pu prendre cette galéjade au premier degré, et y aient vu une sorte d'appel à l'insurrection des directeurs d'école, m'épate! Non brave gens, c'est de l'humour, une blague, une plaisanterie... C'est pourtant lisible, non? Le manque d'esprit de notre époque est surprenant, l'absence de second degré effarante. Je m'en étonne, même si cela ne me surprend pas vraiment, trop de gens se prennent au sérieux sur internet.
Donc, je le dis: mon billet précédent intitulé "A l'assaut !" est une pure fiction, une parodie qui, si elle porte la vérité claire et parfaitement déplorable de l'absence de statut des directeurs d'école publique en France, n'a d'autre objectif que faire rire et détendre.
Incroyable!

A l'assaut !

- Alors Michel, quel est l'état des troupes à l'heure actuelle? - Nous avons huit classes prêtes pour l'assaut, chef, et deux de réserve, ce qui fait au total 224 hommes... euh, enfants, prêts à en découdre! - Quels sont les armes à leur disposition? - J'ai une vingtaine de gastros, une quinzaine de rhinos, et un bon paquet de petites filles de cinq ans qui savent pousser des cris de fille! C'est horrible, chef, ça vous arrache les tympans! - Nous les laisserons à l'arrière pour l'instant. Mettez les rhinos et les gastros en première ligne. Si l'attaque du rectorat doit être rapide, nous ne devons néanmoins pas gaspiller nos forces, ni trop nous découvrir. - Oui chef. - Les troupes de l'arrière ont leurs banderoles? - Oui chef, nous avons quinze banderoles avec leurs trente porteurs. - Quel est le slogan? - "Un statut pour mon dirlo, ou on vous pecho!" - C'est faiblard... Effectivement ça rime, mais on ne peut pas dire que ce soit gén…

Les directeurs d'école, chasseurs de grenouilles...

Le servage (du latin servus, "esclave") est défini par la convention relative à l'abolition de l'esclavage des Nations unies comme la "condition de quiconque est tenu par la loi, la coutume ou un accord, de vivre et de travailler sur une terre appartenant à une autre personne et de fournir à cette autre personne, contre rémunération ou gratuitement, certains services déterminés, sans pouvoir changer sa condition".
Les directeurs d'école sont tenus par la loi de travailler dans une école communale et de fournir contre rémunération certains services déterminés sans pouvoir changer leur condition. Seraient-ils des serfs modernes?
Même pas! La différence entre le servage et l'esclavage provient du statut juridique du serf, qui jouit d'une personnalité juridique. Le directeur d'école n'a aucune personnalité juridique. L'enseignant de primaire en a une, le directeur d'école lui n'existe pas. Ainsi l'absence de statut des direc…

J'accuse !

J'accuse le Ministre de l’Éducation nationale Vincent Peillon de vouloir avec "l'école du socle" supprimer les directeurs d'école en inféodant l'école primaire aux collèges. Les écoles élémentaires et maternelles vont être administrées matériellement et pédagogiquement par des Principaux qui n'ont aucune idée de ce qu'est un enfant entre deux et cinq ans. "L'école du socle" est le coup de grâce donné à l'école primaire, la mort programmée d'un enseignement individualisé au plus proche des besoins des élèves et des caractéristiques des communes, la disparition totale et définitive du peu d'autonomie qui restait aux écoles, l'ultime étape de l'étatisation extrême et mortifère de l'enseignement débutée par les gouvernements Sarkozy.
J'accuse de vacuité le ministère de l’Éducation nationale, mastodonte à la tête pesante et surpayée, préférant ses certitudes aux faits, niant l'intérêt de demander aux personnel…

La tactique du rasoir...

Certains propos récents du ministre de l’Éducation nationale, le ci-devant Vincent Peillon, sont plutôt inquiétants pour des directeurs d'école préoccupés par leur avenir. Effectivement, défendant sa graaaande Loi d'orientation face à des députés virulents, après une graaaande concertation qui a défaut d'être suivie d'effets a fait couler beaucoup d'encre, M. Peillon a le 13 mars dernier commis ces mots:
"Si le directeur d’école a un statut particulier de chef d’établissement, vous transformez les écoles en établissements, auquel cas elles ne sont plus rattachées au collège. Vous devez faire un choix. Le choix que nous avons fait pour nous inscrire dans une continuité que vous aviez développée, c’est d’articuler ensemble ce qui n’était pas le cas jusque là, soit le travail entre l’école et le collège."
Je sais bien que Monsieur le Ministre doit être un peu exaspéré de devoir se battre pied à pied, pour chaque mot, avec des députés peu convaincus. Néanmoin…

On peut rêver...

Enfermés à clef depuis mardi matin dans le grand salon doré de l'hôtel de Rochechouart, au 110 de la rue de Grenelle, les édiles de l’Éducation nationale, ainsi que les représentants syndicaux et ceux du GDiD, doivent décider de l'octroi ou non d'un statut aux directeurs d'école de France.
La foule est nombreuse rue de Grenelle, la voie a été bloquée par les autorités depuis lundi afin de permettre aux fidèles de suivre le conclave sur place. Tous épient la cheminée de laquelle sort la fumée qui indique si la décision a été prise: bleue pour l'octroi, rouge quand les édiles n'ont pas réussi à se mettre d'accord.
Il y a plusieurs décennies que la question est en suspens. Notre reporter a discuté avec de nombreux directeurs et directrices présents sur place, et beaucoup refusent encore d'y croire. Quelques-uns sont agenouillés sur le trottoir et prient pour que l'esprit républicain descende sur les décideurs rassemblés. Parfois des chants et des priè…

Bienvenue en enfer !

Le "protocole d'accord" signé en 2006 par le seul SE-Unsa avec le ministre de l'époque Gilles de Robien, en échange de l'abandon de la grève administrative qui durait depuis sept ans, aura été vécu à l'époque par beaucoup de directeurs d'école, et par moi, comme une forfaiture.
Sept ans après, si je suis objectif, il n'en reste pas grand-chose, juste l'avancée -réelle- de la décharge d'une journée accordée aux écoles de quatre classes. Le reste a disparu dans les poubelles de l'histoire mouvementée d'un ministère centralisateur, méprisant, et inefficace.
En revanche, en 2013, la charge de travail des directeurs d'école s'est elle considérablement amplifiée, et la considération qui devrait leur être due n'est plus que portion congrue.
Les programmes informatiques de gestion internes se sont généralisés: la fameuse Base Elèves est désormais la règle partout, et l'ahurissant programme Affelnet est en voie de l'être. C…

46000 grues...

Il semble de bon ton à notre époque de grimper sur une grue pour réclamer quelque chose. C'est ainsi que les informations nationales regorgent ces derniers temps de papas et de mamies crapahutant dans les hauteurs. Il faut bien admettre que les médias ont la partie belle, ça fait de bonnes images: les autorités ne peuvent pas empêcher les caméras de s'installer à cinquante mètres avec un zoom et hop! Voilà de quoi remplir une case vierge des infos, entre un dictateur sud-américain embaumé et deux plats surgelés enchevalinés... Et puis, ça a forcément plus d'impact que de s'enterrer dans une grotte: allez donc filmer dans le noir.
Finalement, l'idée n'est peut-être pas si mauvaise! Et si tous les directeurs et toutes les directrices d'école de ce pays grimpaient sur une grue pour réclamer un statut? Voilà de quoi émouvoir les médias: 46000 directeurs d'école perchés dans les hauteurs! Il serait étonnant que nous ne trouvions pas chacun près de notre dom…

Je suis directeur d'école: où est ma place?

Selon Edgar Morin, la complexité coïncide avec l'incertitude, une incertitude que l'accélération du temps renforce. J'arrive à un âge auquel l'impression de voir filer les heures donne le tournis, et notre civilisation dont l'âge est également avancé voit son temps social s'accélérer aussi vite que mon temps individuel. Nous vivons dans une ère d’innovation et de réforme permanente, de nouveauté continue, dont les attentes et les nouveaux outils (téléphonie mobile, informatique,... ) renforcent l’incertitude; nous sommes dans l'urgence, sans pouvoir réfléchir aux conséquences de nos actions. Les démonstrations et les nuances n'existent plus.
Politiquement, juridiquement, syndicalement, cette accélération continue fait un mal phénoménal à notre société. L'homme politique, le législateur, le responsable syndical, doit justifier sa place, il se persuade qu'il doit agir et réformer, quitte à faire n'importe quoi, à n'importe quel moment, sa…

Les IEN ?

M. Pierre Frackowiak, Inspecteur honoraire de l’Éducation nationale, s'exprime souvent sur les méfaits et déséquilibres de ce ministère, et sur les missions des IEN, qu'il connait bien. Le voici qui exprime et qui met en débat dans les "Cahiers pédagogiques", sous le titre «Pas de refondation de l’école sans refondation de l’inspection», quelques réflexions qui rejoignent certains de mes billets, en particulier quand il évoque la monstrueuse pyramide de l’Éducation nationale. Mais il y a une différence entre M. Frackowiak et moi: celui-ci veut que les IEN accompagnent la ou les réformes, alors que moi j'aimerais autant qu'ils disparaissent tant la plupart d'entre eux sont incompétents et donc inutiles... Mais je rejoins M. Frackowiak sur son constat de la situation présente. Voici un extrait de son texte (les parties en gras sont de moi). Vous trouverez le texte intégral en cliquant ici.
"... Au fonctionnement pyramidal classique ancien, avec ses tuya…

Lassitude...

J'ai essayé de me reposer pendant ces deux semaines de vacances dont je vois la fin. Ce qui n'aura pas été simple, entre importants problèmes personnels et diverses sollicitations. Je suis aujourd'hui partagé entre une légère déprime (les conditions climatiques ne doivent pas y être totalement étrangères) et une certaine lassitude.
J'ai été plusieurs fois tenté d'ajouter quelques billets sur ce blog. Il faut dire que l'actualité ne manquait pas! Entre les intempestives déclarations de M. Peillon quant à la possible prochaine remise en cause des vacances d'été -dont tout le monde sait dans le milieu enseignant qu'elle est évidente mais fait semblant de l'ignorer-, les toujours intéressantes mais toujours tardives déclarations de M. Fotinos -j'y reviendrai peut-être dans un autre billet-, les rodomontades syndicales, les...
Je ne suis pas inquiet. Même si l'effarante quantité de réunions qu'il me faudra encadrer ou auxquelles il me faudra…