dimanche 24 mars 2013

A l'assaut !


- Alors Michel, quel est l'état des troupes à l'heure actuelle?
- Nous avons huit classes prêtes pour l'assaut, chef, et deux de réserve, ce qui fait au total 224 hommes... euh, enfants, prêts à en découdre!
- Quels sont les armes à leur disposition?
- J'ai une vingtaine de gastros, une quinzaine de rhinos, et un bon paquet de petites filles de cinq ans qui savent pousser des cris de fille! C'est horrible, chef, ça vous arrache les tympans!
- Nous les laisserons à l'arrière pour l'instant. Mettez les rhinos et les gastros en première ligne. Si l'attaque du rectorat doit être rapide, nous ne devons néanmoins pas gaspiller nos forces, ni trop nous découvrir.
- Oui chef.
- Les troupes de l'arrière ont leurs banderoles?
- Oui chef, nous avons quinze banderoles avec leurs trente porteurs.
- Quel est le slogan?
- "Un statut pour mon dirlo, ou on vous pecho!"
- C'est faiblard... Effectivement ça rime, mais on ne peut pas dire que ce soit génial.
- Il a fallu faire dans l'urgence, chef. Plusieurs classes de maternelle ont bossé hier toute la journée sur les banderoles. Elles ont bien du mérite!
- D'accord. Pas trop de fautes d'orthographe?
- Pas une, chef. Nos troupes sont fidèles.
- Que disent-ils de l'opération? Le moral est bon?
- Excellent, chef! Ils s'amusent. Pas mal de petits ont apporté des pelles et des seaux.
- Des seaux vides? Pour quoi faire?
- Des seaux pleins de sable, chef. En quelques secondes ça rentre dans les vêtements, dans les chaussures, ça gratte horriblement. C'est très efficace.
- Effectivement. Simple, mais efficace. J'ai l'impression que les maternelles sont en pointe dans notre affaire.
- Ben il faut bien dire que la plupart des directeurs d'école de maternelle n'ont aucune décharge, chef, alors s'il y en a qui se sentent blousés, c'est bien eux.
- Et les grands?
- Nos CM2 sont prêts à escalader la façade pour accéder au premier étage.
- Comment vont-ils faire?
- Les services techniques des communes qui nous soutiennent nous ont prêté des échelles. Et les gosses ont tous un tube de stylo-bille vide avec une réserve de grains de riz dans la poche. Simple aussi, mais tout aussi désagréable que le sable...
- Hmm, je le sens bien, cet assaut du rectorat! Suivez-moi bien: à 10h15, les gastros et les rhinos pénètrent le bâtiment par la porte principale...
- Vous croyez qu'ils vont ouvrir? C'est quand même Vigipirate...
- C'est Vigipirate depuis quinze ans! C'est une collègue directrice d'un certain âge qui va sonner. Croyez-moi, vu son état d'épuisement, ils vont lui ouvrir tout de suite. Donc les gastros et les rhinos par la porte principale, pendant que les CM2 escaladeront pour accéder au premier étage. Une fois tout ce petit monde dans la place, vous ferez entrer les petites filles pour qu'elles crient...
- Aïe chef! Ça c'est cruel...
- Et ne pas avoir de statut? Et ne pas avoir de temps pour bosser? Et ne pas être payé correctement? Ce n'est pas cruel, ça?
- Oui chef, bien sûr chef, je ne serais pas là autrement. Mais des cris de petite fille...
- Tant pis pour eux, le ministre n'avait qu'à entamer les discussions comme il l'avait promis. Les petites filles crient, donc, pendant que les grandes investissent les toilettes du rectorat et les bloquent. Vous enverrez les seaux de sable à ce moment-là. Les CP et les CE eux grimperont à l'étage pour soutenir les CM2. Ce sera le bon moment pour que les CM1 commencent dans la rue à hurler le slogan "Un statut..." euh...
- "Un statut pour mon dirlo, ou on vous pecho!"
- C'est ça, oui.
- Dites chef, vous croyez que ça va marcher?
- Franchement, oui. L'attaque est coordonnée dans tout le pays à la même heure. De Périgueux à Lille, de Brest à Strasbourg, partout des écoles monteront simultanément à l'assaut des rectorats. A défaut d'obtenir quelque chose, au moins nous ferons rigoler la population. Je vois les titres d'ici: "Le rectorat bloqué par des petites filles et des seaux de sable". A propos, les médias sont prévenus?
- Pas encore, chef. Nous attendons 10h pour que l'affaire ne s'évente pas.
- Bravo! Tu verras, Michel, nous finirons par l'avoir, notre statut...
- Peillon vous entende, chef, Peillon vous entende...

Bon, on peut rêver, non?

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