samedi 25 mai 2013

Ita diis placuit...


Ainsi donc la Cour de comptes a sorti un rapport accablant sur le système éducatif français... Tout le monde en parle, personne dans le public n'y comprend rien, à part l'idée générale et juste colportée par nos médias que le système ne fonctionne pas, que l’Éducation nationale est gérée telle une gargote, et que les enseignants du primaire sont payés au lance-pierre. C'est toujours ça.

Autant le dire tout de suite, j'ai eu l'impression en lisant le rapport de me replonger dans les anciens billets de ce blog, tant j'y ai retrouvé d'évidences que je clame et proclame sans défaillir depuis des mois.

Les réactions les plus drôles à cette publication viennent évidemment de nos inénarrables syndicats, qui n'en loupent pas une pour se décrédibiliser un peu plus quotidiennement auprès du public comme auprès des enseignants. Nos vaillants syndicalistes, après des mois d'inaction à se chauffer les pieds devant les cheminées de leurs permanences, se sont soudain mis à courir dans tous les sens en poussant des cris d'orfraie. Certains sont même allés baver dans les médias, sur les ondes, à la télévision, en arborant leur mine la plus outragée alliée à une expression d'intelligence rare sur le visage. Les réactions les plus comiques viennent -bien entendu- de la FSU, dont le talent jubilatoire n'est plus à démontrer, qui dénonce sans rire "un rapport à la sauce Chatel" et nous assène le plus sérieusement du monde que ce rapport "ouvri­rait la porte au clien­té­lisme". Il est vrai que dans ce domaine la FSU sait de quoi elle parle, l'ayant toujours pratiqué sans vergogne. Citons également ce qualificatif incantatoire pour une Cour des comptes "Méconnaissant volontairement les réalités", qui frôle l'irruption de sa propre conscience dans une FSU infantile. Une autre réaction qui m'a fait me tordre de bonheur sur le tapis est celle du SNALC-FGAF, dont j'ignorais totalement l'existence, qui appelle sans même rougir à "faire taire la Cour des comptes". Je n'ai pas pu ne pas rapprocher toute cette agitation d'un propos lu dans Vousnousils, dans lequel M. Tian, député UMP des Bouches-du-Rhône, déplore le nombre impor­tant de temps pleins accor­dés à la repré­sen­ta­tion syn­di­cale au sein de l’Éducation natio­nale. Il est vrai qu'avec une moyenne de 20 temps-plein accordés aux syndicats par département, nous sommes largement au-dessus des besoins, et au-dessous d'une réelle représentativité qui inclurait nombre de "petits" syndicats qui ne sont pas du tout concernés par cette manne ministérielle. Comme M. Tian d'ailleurs, "je me pose sérieu­se­ment la ques­tion sur ce que pro­duisent ces per­sonnes tout au long de l'année. J'ai le sen­ti­ment que les syn­di­cats se battent davan­tage pour conser­ver leurs acquis que pour le bien com­mun. Il y a pour­tant de vrais com­bats à mener dans l’Éducation nationale!". Comme je m'attends aux réactions outragées habituelles devant ces propos, je préciserai qu'il est clair, pour qui est dans le métier d'enseignant -et plus encore comme moi depuis trente-cinq ans-, que la "défense des personnels" et la partie utile de la fonction syndicale doivent représenter à peine 20 % du temps de ces gens-là. Mais pourquoi me donne-je la peine de citer M. Tian? Beaucoup des lecteurs de ce blog, enseignants à la pensée déformée par de longues années de lavage de cerveau, pensent certainement fort démocratiquement que les propos d'un homme "de droite" ne devraient même pas être cités... Allez sur les forums d'enseignants, vous verrez à quel point les professeurs de vos enfants peuvent faire preuve d'imbécillité dans le domaine de la libre expression, cette dernière ne pouvant être que la leur, et certainement pas celle des autres, surtout évidemment s'ils n'ont pas le même avis qu'eux. Tout cela bien entendu en brandissant bien haut le drapeau de la démocratie, dans lequel ils s'enrubannent avec soin en veillant à ne surtout pas le partager. Voilà qui me rappelle à chaque fois les heureuses républiques "populaires et démocratiques". Si, si, parcourez les forums d'enseignants, c'est un régal de fin gourmet.

Il serait tout de même passionnant que notre fameuse Cour des comptes fasse un petit tour dans ceux des syndicats, qui ne doivent pas être piqués des hannetons.

Dois-je rappeler à ces heureux hurluberlus de syndicalistes payés avec nos impôts pour mentir et se goberger -tout en se persuadant narcissiquement de leur propre importance- que la Cour des comptes, comme elle le rappelle elle-même dans son rapport, "ne se prononce que sur son champ de compétence, c’est-à-dire sur l’organisation et le fonctionnement de la gestion, son efficacité (c'est-à-dire sa capacité à atteindre les objectifs fixés dans la loi) et son efficience (c’est-à-dire sa capacité à le faire au meilleur coût)."? Inutile, la levée de bois vert syndicale ne me parait guère qu'une ultime réaction d'agonisant, qui ne comprenant plus rien à rien et ne représentant plus personne, tente vainement de faire entendre sa voix, si enrouée soit-elle, avant de crever la bouche ouverte.

Passons sur les syndicats, ils ne valent pas la peine qu'on s'en préoccupe. Qu'écrit donc la Cour des comptes, qui vaille tant de commentaires? Je ne rentrerai pas dans les détails, nombre de journaux l'ont déjà fait. Et mon résumé dans le premier paragraphe de ce billet est parfaitement juste, s'il est lapidaire:
1) l’Éducation nationale est une faillite monstrueuse pour ce qui regarde la réussite des élèves, en dépit de l'engagement des enseignants;
2) l’Éducation nationale est gérée comme une pétaudière par une armée mexicaine dont l'efficacité est inversement proportionnelle au nombre des hauts fonctionnaires qui s'y prélassent;
3) les enseignants du primaire sont payés un tiers de moins que leurs homologues des autres pays de l'OCDE, et certainement pas comme ils le devraient et le mériteraient;
4) plus personne ne veut être prof: embaucher au niveau d'un master a eu "pour effet de réduire le vivier potentiel des candidats, tout en plaçant le métier d’enseignant en concurrence avec les autres professions recrutant à un niveau de formation équivalent mais offrant des rémunérations plus attractives. Enfin, la nouvelle formation initiale et, surtout, la suppression de l’année de stage en alternance, ont pu décourager certains candidats potentiels."Qu'en termes choisis tout cela est-il dit! Je résume: prof est un métier de merde mal payé qui réclame de longues années d'étude.

Bref, il n'y a rien dans ce rapport que quiconque ignore qui s'intéresse au métier d'enseignant. Mais que la Cour des comptes l'exprime fait plaisir. Que la Cour dise qu'on ne motivera aucun prof en lui jetant quelques os à ronger à la fin du repas est parfaitement opportun. Même si ça enquiquine un gouvernement qui n'a plus un sou, tant il s'est engagé dans des promesses intenables qui l'entravent aujourd'hui. Même si ça enquiquine des syndicats qui imaginent leurs sinécures menacées, surtout dans le secondaire. Car quelques mesures suggérées par la Cour des comptes, et qui relèvent du bon sens, il est vrai feraient perdre aux centrales syndicales une partie de leur pouvoir de nuisance sur le monde enseignant.

Il est par exemple suggéré qu'avant toute nomination dans une école ou un établissement, un enseignant devrait agréer le projet dudit établissement, et être adoubé par le principal, le proviseur, ou le directeur d'école. Ce qui de facto rendrait toute nomination "à profil", et mettrait fin à la main-mise syndicale sur les nominations qui s'effectuent aujourd'hui selon un sacro-saint barème âprement défendu par des syndicats qui préfèrent une pseudo égalité de traitement à la moindre velléité d'efficacité. Ayant personnellement connu il y a quelques années l'arrivée inopinée de collègues qui ont allègrement  refusé de s'investir dans un projet d'école longuement réfléchi et travaillé en équipe, et ont foutu en l'air des années de boulot au service des familles, j'applaudis de tous mes membres à l'idée d'une telle mesure. J'avais à l'époque, dégoûté, préféré quitter l'école, après une fête chaleureuse organisée par des parents d'élèves reconnaissants.

Je suis d'autant plus favorable à une mesure de ce genre qu'en filigrane elle consacre également la place particulière des directeurs d'école dans le système éducatif français. C'est par la Cour des comptes un début de reconnaissance que notre mission est devenue au fil des ans un métier particulier, qui mérite d'être clarifié et reconnu. Le professionnalisme et la spécificité des directeurs d'école ne sont pas pour la Cour des comptes des tabous qu'il est impossible d'évoquer. Et quand elle préconise une gestion déconcentrée de l’Éducation nationale, c'est aussi à nous qu'elle pense. Appelant moi-même depuis des lustres à l'autonomie des écoles dans leur fonctionnement et leurs projets, je jubile! Je suis plus que jamais profondément persuadé que ce n'est que de cette façon que notre école pourra redevenir pleinement efficace dans sa mission, au plus près des besoins des élèves. Certes, on pourra faire la fine bouche et dans une moue dubitative regretter que la Cour des comptes ne mette pas clairement en exergue la nécessité de donner enfin à la direction d'école le statut qui lui est nécessaire, mais tout ce qui va dans notre sens ne peut qu'être salué, et sera dans les discussions "imminentes" nous concernant un argument supplémentaire que nous pourrons faire valoir.

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